10 mars 2006
par JDCh


I had a dream

Le week-end dernier je me suis retrouvé Papa à 42 ans d'une petit Emma-Sarah longue de 49cm et forte de 3500g. Dans 23 ans, cette "miss" aura 23 ans et moi 65 ans... Comme je souhaite évidemment une belle vie à cette débutante, voici un petit "post" optimiste et utopique sur ce que seront la France, l'Europe, le Monde à cette échéance.

Emma-Sarah, 23 ans, diplômée d'une bonne université Française en droit des affaires se prépare à passer un an a Shanghai pour y perfectionner son chinois. Elle rejoindra un an plus tard une firme internationale. Elle avait le choix entre Londres, Tokyo, New York et Paris pour débuter. Elle a choisi Paris parce que le contexte économique Français est plus porteur, la fiscalité "attractive", les grandes multinationales ont, pour une majorité, repositionné leur siège Européen à Paris (j'ai l'impression de parler de Londres...) bref c'est à Paris que cela se passe...(Bien sûr, notre héroïne a aussi une vie amoureuse, sportive, culturelle et sociale mais cela ne nous... regarde pas).

Que s'est-il donc passé durant ces 23 années ? En fait, beaucoup et peu de choses à la fois. Voilà l'histoire.

Considérons 2 grandes générations de Français.

Premièrement, ceux nés avant 1968 qui ont connu tout ou partie des trente glorieuses, le Gaullisme, la libéralisation des moeurs, une économie non mondialisée fondée sur une forme d'"économie mixte" au niveau national, ceux qui ont eu très peu d'employeurs (soit parce qu'ils avaient/ont un statut d'employé du secteur public, soit parce qu'ils n'ont jamais imaginé changer), ceux qui lorsque le chômage les a touché ont perçu des indemnités généreuses, ceux qui ont aujourd'hui au moins 6 semaines de congés payés et 11 jours de RTT, ceux qui ont ou auront une retraite décente, sont ceux que j'appellerai dans la suite de ce "post" les "Violets".

Deuxièmement, ceux nés après 1981 (date de début du déclin de France si l'on souhaite être un peu polémique), ceux qui ont toujours vu leurs parents, frères et soeurs ou copains touchés par le chômage, ceux qui ont énormément de mal à se rappeler du moindre élan politique positif au niveau national (sauf peut-être la victoire en 1998 de l'équipe de France de football), ceux qui ont grandi avec d'un côté Internet (la fenêtre sur le monde) et de l'autre TF1/France2 (la lucarne franco-gauloise), ceux qui ont vu la "fracture sociale" de près (dans leur lycées, sur les stades, dans les transports en commun)... bref ceux que j'appellerai les "Jaunes".

Les Jaunes au fur et à mesure qu'ils terminaient leurs études et retiraient leurs cartes d'électeurs ont pris conscience d'un subterfuge, d'une grande manipulation qui avait échappé à leurs aînés. La minorité de blocage "trotskiste" soutenue bon an mal an par une majorité "nostalgico-sympathique" de Violets ( cf post "une éternelle nostalgie trotskiste") qui a toujours mis le pays en situation d'immobilisme complet dès qu'il s'est agi de réformes (retraite, sécurité sociale, indemnisation du chômage, révision du statut des employés du secteur public, éducation...) n'est pas comme on avait pu le croire "généreuse" dans sa défense acharnée des "avantages acquis". Elle ne cherche pas à léguer un futur meilleur à ses enfants. Bien au contraire, elle pense à elle égoïstement et mise sur le fait que le système "va bien tenir" jusqu'à sa retraite. Qu'importe que le système soit ultérieurement en faillite ! Après les Violets, le déluge...

Les Jaunes ont compris cela et se sont mobilisés. Ils ont été rejoints rapidement par un certain nombre de Violets (libéraux ou tout simplement parents "généreux" pensant qu'il faut léguer à ses enfants une "entreprise qui tourne" pas un "machin en déficit permanent et de surcroît sur-endetté"). Cette nouvelle majorité inédite à conduit la "révolution des Jaunes", a décidé de "dé-sanctuariser" l'essentiel de notre soit-disant "modèle social" (les trostkisto-immobilistes Violets devenus ultra-minoritaires ont pris leur retraite la queue basse et nous n'en avons plus jamais entendu parler). Elle a maintenu simplement une priorité très forte aux 3 domaines fondamentaux que sont l'éducation, la santé et le logement et a mené au pas de course les réformes qui étaient nécessaires depuis 20 ans.

De quelles réformes parle-t-on ?

Tout d'abord, l'organisation administrative a été singulièrement simplifiée. 3 niveaux seulement: les groupes de communes, une dizaine/douzaine de grandes régions et un niveau national. Le coût de fonctionnement de nos administrations et collectivités territoriales a été réduit considérablement et la compétence de chaque niveau l'a rendu efficace et pertinent.

Aux groupes de communes, la vie "locale": les crèches et écoles maternelles, les transports urbains, les hôpitaux, les maisons de retraite, le logement social, le sport et la culture... Pour devenir attractives, ces communautés urbaines ont rivalisé sur le thème "moins d'impôts, plus de service". Les meilleures pratiques se sont naturellement imposées et même les fameux "quartiers" dans lesquels des émeutes avaient eu lieu au début du siècle ont atteint une "modeste prospérité" dans laquelle il fait bon vivre... A côté et en complément des "services publics", une multitude de concessions ou délégation de services publics, d'établissement sous contrat et d'associations financées majoritairement par des fonds privés (grâce à un système de déductibilité fiscale des donations) ont été encouragées à amener qualité et efficacité dans le dispositif. On retrouve, d'ailleurs, dans ces organisations de très nombreux fonctionnaires (surtout des Jaunes mais aussi quelques Violets) qui ont quitté leur fameux "emploi à vie" pour retrouver le goût du travail, de l'initiative et de la responsabilité !

Aux grandes régions, l'éducation, la santé, les infrastructures,... Plus de carte scolaire, plus de programme nationaux, plus de professeurs affectés par un ordinateur programmé en langage Marx... Les lycées et universités ont également rivalisé pour obtenir les meilleurs résultats, pour favoriser les échanges internationaux, pour délivrer des diplômes reconnus dans l'Europe voire le Monde entier. La gratuité du système éducatif a été remplacé par un système simple de péréquation dépendant des revenus: les plus pauvres paient très peu, les plus riches sont contents de dire qu'ils financent l'avenir de nos enfants. Le système de Sécurité Sociale a été remis dans le vert. Chaque bénéficiaire a en effet été responsabilisé par une participation forfaitaire de 10€ à chaque acte médical (seuls les plus démunis ou les cas médicaux les plus graves ont gardé une prise en charge à 100%). Les cotisations ont baissé en même temps que le niveau de dépenses. Ces cotisations ont d'ailleurs été transformées entièrement en impôts (type CSG) afin que chacun paie des impôts (le taux marginal de l'IR largement abaissé, le taux moyen d'imposition incluant les contributions sociales ne dépasse pas 25% et l'assiette a été trés largement élargie), se rende compte des coûts associés et n'aie de cesse que de réclamer de l'efficacité de la part des instances régionales. De même, toutes les allocations diverses ont été revisitées, recalibrées et sont devenues "imposables" élargissant ainsi encore l'assiette des personnes payant l'impôt et rendant chacun conscient des efforts fait pour lui par la collectivité...

Au niveau National, la Défense, la Sécurité et les Affaires Internationales. L'Europe ayant beaucoup avancé dans son homogénéisation fiscale et sociale, elle apparaît comme une [con-]fédération harmonieuse de pays ayant des moyens communs (recherche, innovation, transports et énergie notamment) et faisant front commun diplomatiquement et économiquement face aux 4 autres grandes puissances: les Etats-Unis, la Chine, l'Inde et le Brésil. Les administrations centrales aux effectifs très limités dirigés par d'anciens patrons du secteur concurrentiel raisonnent en "task force" apportant consistance et relais entre le niveau européen et les niveaux régionaux et locaux.

Et l'économie dans tout cela ?

Le taux de chômage se situe entre 3 et 5%. Les nouveaux retraités (comme moi) ont d'ailleurs dans leur majorité un "job" à temps partiel pour compléter leur retraite devenue un peu maigre: "l'expérience n'étant pas que la compétence des cons", on m'utilise pour "coacher" de jeunes entrepreneurs. On me trouve un peu trop prudent et modéré mais on me reconnaît un certain bon sens... Comme j'ai pas mal cotisé (euphémisme) durant ma vie professionnelle, la compensation que je reçois ne fait l'objet d'aucune charge sociale.

A côté des grandes multi-nationales, toute une génération de grosses PME Européennes a vu le jour. "Leverageant" les points forts de chaque grande région Européenne, elles sont considérées dans le monde entier comme les entreprises à suivre, celles à qui ont achète vision, innovation, qualité et développement durable, celles qui imposent le "standard" tout en respectant les diversités culturelles et linguistiques . Les équipe de design sont implantées à Milan et Stockholm, celles de R&D entre Cambridge et Grenoble, l'ingénierie à Munich et Helsinki, la production est partagée entre Bratislava et Bucarest et le marketing entre Paris et New-York. Quotée sur l'ECM (European Capital Market), les "brokers" et analystes de Paris, Londres, Frankfurt et New-York ont en fait les stars du 21° siècle...

Même les Anglais, dont on ne louera jamais assez le pragmatisme, on décidé d'adopter l'Euro du fait de sa pré-dominance dans les échanges internationaux !

Bien sûr, ce post ne décrit que le "to be" sachant que vous connaissez tous le "as is". Le chemin qui mène de ce "as is" à ce "to be" n'a pas été un long fleuve tranquille. La "révolution des Jaunes" a amené la forme de catharsis qui était nécessaire pour en arriver là et...

...prise de conscience collective, auto-motricité des organisations, compétitivité comme principale source de fierté, succès économique planétaire ont fait le reste...

...tout en préservant un système sécurisant et efficace à léguer à nos enfants en terme d'éducation, de logement et de santé.

Les fondamentaux d'un monde auquel nous aspirons sans doute tous: le meilleur des mondes pour Emma-Sarah !

J'ai fait un rêve et ça fait du bien...


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