29 mars 2009
par JDCh


Le capitalisme, bouc émissaire ?...

Dans notre cher pays, éternellement nostalgico-trotskyste, on aime à confondre le système, le droit et la morale. On confond tellement ces concepts ou réalités pourtant si différents que l'on finit par tout confondre: un parachute doré de grand patron sur le départ, un plan de stock-options et un bonus versé à un salarié ! Le raisonnement est d'un simplisme édifiant: nous sommes dans une crise financière sans précédent, certains touchent de l'argent ou pourraient en toucher plus tard (dans le cas des stock-options), ce n'est pas moral !... Haro sur tous ceux là et même sur ceux qui leur ressemblent en ayant une forte rémunération ou un gros patrimoine !... Allez, tous dans le même panier: les bandits (Madoff), les nantis, les patrons, les golden boys, les entreprises en difficulté (aidées ou non par l'Etat) et celles qui se portent bien... Tout ceci est de leur faute, ils n'ont droit à rien sauf à l'opprobre populaire, médiatique et politique ! Que de démagogie...

J'aime à faire des comparaisons entre le sport et le business. Voici une nouvelle parabole...

Le capitalisme est un système qui n'a vocation ni à être moral, ni immoral, ni même amoral. Les règles du capitalisme sont comparables à celle du football. Un joueur hors-jeu ou un autre qui fait une main dans la surface de réparation ne font rien d'immoral. Il ne respectent pas la règle, ils sont sanctionnés. On peut sophistiquer les règles pour que le jeu soit plus fluide et plus agréable pour les téléspectateurs ou pour qu'une intervention dangereuse soit plus lourdement sanctionnée (le tacle avec les 2 pieds décollés du sol donne lieu à un carton rouge alors qu'il était monnaie courante dans les années 70/80...). Le système voit ces règles évoluer mais il n'a pas vocation à intégrer en son sein tout l'arsenal juridique et réglementaire ou toutes valeurs morales et sociétales qui l'entourent... Ceux-ci, au contraire, s'imposent à lui...

Un footballeur qui commet un excès de vitesse sur l'autoroute est sous le coup du code de la route... Un supporter qui blesse un supporter de l'équipe adverse n'est pas sous le coup des règles du football mais sous le coup de la justice de droit commun pour coups et blessures volontaires... Un supporter qui profère des injures racistes est sous le coup d'une sanction pénale pour incitation à la haine raciale...

La société démocratique, quant à elle, respire (ou aspire à) certaines valeurs morales qui influent sur le politique et le législateur qui adaptent ou amendent le droit qui lui-même s'applique aux systèmes qu'il s'agisse du football ou du capitalisme. Si la société était raciste, l'incitation à la haine raciale ne serait ni un crime ni un délit que les footballeurs soient blancs, blacks ou beurs !

Dans le système capitaliste, les dirigeants de l'entreprise à savoir les administrateurs et les directeurs-généraux (appelés collectivement les mandataires sociaux qu'ils soient "executive" ou "non executive" à savoir opérationnels ou non dans le quotidien de l'entreprise) ont un rôle clé, les règles du capitalisme et le droit commun s'imposent à eux... Un dirigeant qui offrirait des bijoux à sa maîtresse en payant avec sa carte de crédit professionnelle serait sous le coup pénal de l'abus de bien social: vu du système capitaliste, il aura spolié l'entreprise (et donc ses propriétaires ou ses créditeurs) dans l'intérêt desquels il est censé agir...

Il est d'ailleurs intéressant de noter que la première "duty" (responsabilité) du mandataire social est d'agir dans l'intérêt social de l'entreprise, qu'il fait cela en y appliquant le filtre de son "reasonable judgement" (qu'on pourrait traduire par son "bon sens") et que ce filtre se doit d'être différent que l'entreprise aille bien (auquel cas intérêt social de l'entreprise et l'intérêt des actionnaires sont assez alignés) ou qu'elle soit en difficulté (auquel cas l'intérêt des créditeurs -ceux à qui l'entreprise doit de l'argent qu'ils soient des prêteurs financiers ou de simples fournisseurs- constitue la limite ou la contrainte majeure à ce que l'entreprise peut décider). Qu'elle que soit la situation, la schizophrénie du mandataire sociale ne peut être vivable que si son "reasonable judgement" lui permet d'arbitrer entre des objectifs apparemment contradictoires. Fermer une unité déficitaire pour permettre à un groupe de survivre peut ressembler à se couper un bras en mettant des salariés au chômage... Il existe peut-être un scénario par lequel on ne ferme pas cette unité et on la remet dans le vert... Ce scénario a un coût ou un délai que l'entreprise peut ou ne peut pas affronter... Parfois la "dictature des marchés financiers" (telle que désignée par nos médias) fait que le mandataire social désigné par l'assemblée générale des actionnaires privilégie la santé du cours de bourse (les fameux "licenciements boursiers") donc l'intérêt apparemment court-terme des actionnaires... L'arbitrage est, en fait, difficile... Dans un monde qui va de plus en plus vite, le court-terme et le long terme ne sont pas forcément faciles à distinguer au sens que la non-performance à court terme peut obérer totalement la moindre perspective moyen ou long terme... Instinctivement, on peut se dire que garder un cap et vision long terme est plus vertueux et efficace que d'être obnubilé par le court terme mais ceci reste-t-il vrai si la compétition entraîne un changement drastique dans un secteur (ou un sous-secteur) et que les points forts du passé deviennent les fardeaux du futur... La presse écrite en raison de l'émergence de l'internet ou de la presse gratuite, l'automobile en raison d'une surcapacité de production devenue flagrante et de la tendance "verte" dorénavant majoritaire des sociétés développées comme plein d'autres secteurs sont confrontés à des arbitrages court-terme/long-terme qui sont de vrais dilemmes...

Passons maintenant le filtre du "reasonable judgement" aux cas fortement médiatisés des parachutes dorés, des bonus ou des stock-options... Qu'auriez vous décidé si vous étiez administrateurs de Valéo, Natixis ou Suez-GDF ?

Le parachute doré de Monsieur Morin est certainement stipulé dans un contrat et ne pas lui verser cette somme au moment de son départ revient à ne pas respecter ledit contrat. Est-ce suffisant pour honorer cet engagement ? Difficile de répondre "non" dans une société de droit... A-t-on essayé de négocier avec Monsieur Morin le fait qu'il renonce totalement ou partiellement à ce parachute avant que la presse s'empare de son cas ? Peut-être... D'un point de vue du droit, cette somme lui est dûe sauf à ce qu'il y renonce.. Du point de vue de l'entreprise en prenant un prisme "capitaliste", cette somme, une fois payée, n'est plus dans les caisses de l'entreprise, n'est plus comptabilisé dans la valeur de l'entreprise (et donc vient en réduction de la valeur des actions), n'est plus disponible pour payer d'autres dettes (donc rend l'entreprise déjà en lourde perte plus fragile)... Les seuls bénéficiaires de cette some sont le récipiendaire (Mr Morin) et l'Etat qui en retrouvera 50% au travers de l'IRPP et des contributions sociales ! Si le droit est appliqué en respectant le contrat, le salarié de Valéo, l'actionnaire de Valéo, le créditeur de Valéo sont tous trois spoliés alors que la collectivité au travers de l'Etat ne l'est pas ! Moralement, tout le monde est offusqué... Compliqué, non ? La meilleure solution aurait bien évidemment été un renoncement par Mr Morin à cette clause de son contrat avant que les actionnaires, les salariés et les média ne s'emparent du sujet.

Natixis va verser un "bonus pool" de 70 millions d'euros à 3000 de ses salariés. L'entreprise va mal, elle est sous perfusion par ses 2 actionnaires de référence (Banque Populaire et Caisse d'épargne elles-mêmes aidées par l'Etat) et ses "actionnaires-épargnants" ont quasiment tout perdu (valeur de l'action divisée par 10 par rapport au printemps 2007). Cette décision n'est clairement pas dans l'intérêt des actionnaires. Elle bénéficiera pourtant à l'Etat ou aux systèmes sociaux via les impôts, contributions et cotisations sociales qu'elle générera. Elle choque moralement parce que les salariés bénéficiaires de ces bonus sont pour beaucoup des "traders" et que les "financiers" sont responsables de la crise économique que nous subissons. Cette décision est, sans doute et à l'inverse, parfaitement légitime au titre du droit si les contrats de travail (et les lettres de rémunération annuelles) la prévoient comme contractuelle et mécaniquement due. Elle peut-être considérée comme n'étant pas dans l'intérêt de l'entreprise en lourde perte, devant assumer des coûts de restructuration lourds et devant sans doute un jour rembourser directement ou indirectement les aides de l'Etat dont elle a bénéficié. Elle peut aussi être considérée comme dans l'intérêt de l'entreprise qui est une entreprise financière, dont les forces vives sont les bénéficiaires de ces bonus et qui, si l'entreprise n'honorait pas ses engagement, profiteraient de la moindre éclaircie économique pour quitter cette entreprise et en rejoindre une autre affaiblissant ainsi à moyen terme l'efficacité de l'entreprise... Toujours compliqué, non ? La meilleure solution ne peut pas être rétroactive: insérer une clause dans les contrats de travail ou lettre de rémunération indiquant que la direction de l'entreprise se réserve le droit de modifier les règles de calcul de ces bonus en cas de circonstances exceptionnelles eut été une provision bien utile. Si l'on avait décidé de ne pas verser ou de limiter les bonus versés, on aurait au moins respecté le droit puis communiqué de façon responsable au sein de l'entreprise sans pour autant provoquer les remous médiatiques bien inutiles que nous connaissons...

GDF-Suez, très grande société cotée en bourse, largement bénéficiaire, non aidée par l'Etat au titre de la crise actuelle et qui, au travers des dividendes versés à l'Etat-actionnaire et de l'IS payé en France, est un "contribuable moral" (au sens "personne morale" !) significatif met en place un plan de stock-options touchant 8000 dirigeants et salariés du groupe. Ce plan prévoit un exercice possible à partir de 2012 et un prix d'exercice supérieur de 25% au cours de bourse actuel. Ce plan, par nature, ne coûte rien à l'entreprise et est au détriment principal des actionnaires de l'entreprise qui verront, si le cours de l'action dépasse le prix d'exercice dans 3-4 ans, une dilution (modeste) s'appliquer aux actions existantes. Elle est potentiellement au bénéfice de l'Etat (et des systèmes sociaux) qui pourra, le cas échéant, appliquer impôt sur les plus-values et contributions sociales (voire cotisations sociales en cas de re-qualification en rémunération) aux gains éventuellement réalisés par les bénéficiaires de ce plan. Tout ceci est bien entendu parfaitement légal. Pour motiver plus les actionnaires à accepter cette dilution potentielle, on aurait pu fixer le prix d'exercice plus haut (ce qui aurait été parfaitement ignoré ou incompris par nos journalistes incultes économiquement). Surtout, on aurait pu élargir la base des récipiendaires en proposant ce plan à plus de 8000 dirigeants et salariés et, enfin, on aurait dû s'assurer que la part réservée aux deux principaux dirigeants ne soit pas celle du lion (ce que les informations disponibles ne permettent pas d'analyser). Moralement, puisque ces deux dirigeants pourraient réaliser des plus-values extrêmement importantes dans 3-4 ans (ce qui n'arrivera que si la crise économique est terminée et que l'entreprise GDF-Suez ne commet pas de faux-pas), la vindicte démago-médiatique s'abat sur cette affaire poussant lesdits dirigeants à renoncer à ce plan... sans que la future loi ou décret en préparation par le gouvernement n'ait, en l'espèce, le moindre impact sur leur situation !

Certains veulent "moraliser le capitalisme" et certains veulent faire des lois encadrant la rémunération de dirigeants ou des "financiers": tous confondent la morale, le droit et la démagogie...

Dans les trois affaires présentées ci-dessus, on notera avec ironie que:
  1. le gros capitaliste avec un cigare (l'actionnaire) est toujours perdant ce qui devrait au contraire réjouir les foules "anti-capitalistes";
  2. l'Etat par sa capacité à collecter taxes et contributions récupère toujours une part significative des sommes soit-disant indûes ce qui devrait réjouir au contraire les "collectivistes" de tout poil;
  3. les mandataires sociaux ont systématiquement à arbitrer entre l'intérêt de l'entreprise, le droit et l'impact médiatico-politique de leurs décisions.Ces 3 forces sont en l'occurrence contradictoires avec une "dictature du court terme" qui vient, cette fois, plus du médiatico-politique que des marchés boursiers !

Désolé, ce fut un long "post" mais cela faisait longtemps que cela me démangeait !


17 janvier 2009
par JDCh


Immoralité, Luxe et Capitalisme

Mes contributions "bloguesques" sont de plus en plus rares. Je vous prie de m'en excuser mais mes fréquents aller-retours aux Etats-Unis sont fatigants et je manque d'énergie...

Ceci dit, j'étais cette semaine à New York et l'un de mes amis m'a fait pointer sur cet article du New York Times que je suis ravi de traduire pour vous...

Dans le plus grand luxe, Paris se tortille...

La France est le lieu de naissance de la fureur du luxe et ici la récession touchant le monde entier a des relents de jeu moral.

Alors que les consommateurs haut de gamme ont partout subitement perdu leur appétit pour les biens de luxe, une industrie longtemps considérée comme défensive est frappée durement.

Aux Etats-Unis, les boutiques de luxe ont vu avec horreur les ventes de Noël s'effondrer quand, à Tokyo, Louis Vuitton a du annuler le lancement de ce qui aurait du être le plus grand et flamboyant magasin du monde...

Pour les Français, chaque vague de mauvaises nouvelles génère de grosses inquiétudes.

Quand Chanel annonça récemment le licenciement de 200 intérimaires - seulement un peu plus de un pour cent de ses 16.000 salariés - le quotidien Le Parisien qualifia cette information de "choc".

La chaîne de télévision LCI décrivit la décision comme le plus sérieux revers que la compagnie ait connu depuis que Coco Chanel vira son effectif en entier et ferma boutique au début de la guerre en 1939.

Mais il y a aussi, paradoxalement, une forme de satisfaction implicite ici que l'époque souvent vulgaire de la vie luxueuse est révolue et qu'une façon bien Française de vivre lui succédera.

Il n'y a qu'en France que la récession est glorifiée comme une crise de valeurs morales.

Un article récent du Figaro Magazine a fourni un guide de 12 pages sur comment réduire son train de vie en 2009 assorti de prédictions comme quoi les gens travailleront moins et mettront la priorité sur leurs familles (belles familles comprises). Un expert Français observateur des tendances repris dans le magazine décrivait les changements en cours comme rien de moins qu'une "révolution des valeurs".

Alain Némarq, le Président de Mauboussin, la prestigieuse firme de bijouterie, notait dans une interview que sauver l'industrie du luxe devrait être une priorité nationale parce qu'elle emploie 200.000 personnes en France, fait partie de l'héritage national, apporte du prestige au pays et séduit non seulement les “happy few” mais un public bien plus large.

Plutôt que d'essayer de maintenir la machine en marche en extrayant des prix indécents de la vente de sacs à mains, de montre ou autres, il proposait l'impensable: l'industrie entière du luxe devrait réduire considérablement les prix. "Nous devons revenir à la raison, à la décence, à la discrétion, à la beauté et la créativité - bref, aux vraies valeurs" proposait M. Némarq.

(Mauboussin a montré l'exemple. Nous avons vendu une bague avec un solitaire de 1 carat nommée "Chance d'amour" pour environ 14.500 dollars, soit à peu près 30% moins cher que son prix normal et sa version plus bas de gamme de 0,15 carat a été proposé à 895 dollars, indiqua M. Némarq)

Quelques intellectuels Français voudraient aller beaucoup plus loin, appelant à la mort de l'industrie du luxe toute entière comme une sorte de rite national purificateur.

"Depuis les Grecs anciens, les objets de luxe ont toujours été marqués du sceau de l'immoralité", indiqua Gilles Lipovetsky, un sociologue ayant écrit plusieurs livres sur le consumérisme. "Ils représentent le gâchis, le superficiel, l'inégalité des fortunes. Ils n'ont aucune raison d'exister".

Le champion politique de cette nouvelle moralité économique s'est converti récemment: le Président Sarkozy, anciennement connu comme le "Président Bling-Bling". Il entra en fonction en promettant d'injecter un style de capitalisme plus anglo-saxon appelant les Français à "travailler plus pour gagner plus".

Mais la semaine dernière à Paris, M. Sarkozy et l'ancien premier ministre Britannique Tony Blair accueillirent une conférence réunissant leaders politiques et prix Nobel d'économie afin d'identifier les façons d'instiller plus de valeurs dans l'économie mondialisée. Le vieil ordre financier a été "perverti" par un capitalisme "amoral" et sans contrôle, dit M. Sarkozy, déplorant le fait que "les signes de richesse comptent plus que la richesse elle-même".

Il appela de ses voeux le "retour de l'Etat" en tant que régulateur des excès du capitalisme.

Paradoxalement, ce sentiment n'est pas difficile à accepter pour les Français. L'identité nationale peut sembler parée de l'aura du luxe - robe élégante, parfum sophistiqué, nourriture fine et Champagne à volonté lors de la moindre célébration. Mais bien que les Français apprécient plus que la plupart des Européens la meilleure qualité qu'ils puissent s'offrir, ils ont tout bien considéré de l'amour propre. La France demeure un pays profondément conservateur, un pays dans lequel il a été traditionnellement inacceptable d'exhiber sa fortune. La plupart des Français utilisent des cartes de débit, pas de crédit, ce qui signifie qu'ils ont tendance à ne pas dépenser plus d'argent qu'ils n'en ont sur leurs comptes bancaires. Obtenir un prêt immobilier est un processus semé d'embûches.

Ainsi, beaucoup voient dans la fin d'une ère de dépenses libres et faciles dans les produits de luxe - alors que le luxe est associé avec éclat et ostentation tout autour du monde - la potentielle restauration de vertus classiquement Françaises de modération et de modestie. Même un peu de souffrance et de sacrifice seraient de bon aloi.

"Toute cette crise est un peu comme un nettoyage de printemps - à la fois moral et physique" dit Karl Lagerfeld, le designer de Chanel, dans un entretien. "Il n'y a pas d'évolution créative s'il n'y a pas de moments dramatiques comme ceux-là. Bling est fini. Les tapis rouges couverts de faux diamants sont finis aussi. J'appelle cela la 'nouvelle modestie'".

M. Lagerfeld est cependant vif à démontrer que sa maison va très bien, que les licenciements de ce mois ont été dis-proportionnellement rapportés par les média et que la collection Chanel Paris-Moscou a apporté 17% de croissance par rapport au show de Londres en 2007.

Restant en ligne avec le nouvel état d'esprit national - et par respect pour les dures réalités économiques, - la créatrice Nathalie Rykiel annonça qu'elle démontrerait la nouvelle collection Sonia Rykiel non pas au travers d'un grand spectacle théâtral dans un grand espace loué pour 1500 personnes mais lors de mini-shows pour 200 invités dans sa boutique Boulevard Saint Germain.

"A la fin, cela ne va probablement pas coûter moins cher donc ce n'est pas une histoire d'argent" dit-elle au cours d'un déjeuner au Café de Flore. "C'est un désir pour de l'intimité, de retour aux valeurs. Nous avons besoin de revenir à des choses plus petites, des choses qui touchent les gens. Nous dirons 'Viens chez moi. Regarde et ressens mes vêtements'".

Certainement, un recul du niveau de dépenses a été ressenti lors des fêtes de Noël à Paris pendant lesquelles des traiteurs vécurent des annulations de cocktails de fin d'année. Et quand il y a quand même eu des fêtes, il y avait plus de mousse de canard et beaucoup moins de foie gras. En matière de champagne, les ventes de gros ont décliné de 16,5% en octobre par rapport à l'année précédente et il fut moins servi aux tables Françaises; les vins pétillants Français sans l'appellation Champagne y furent plus servis.

A La Grande Épicerie, le grand hall du grand magasin le Bon Marché, le caviar Français et Italien se vendirent aussi bien que la ruineuse variété Russe; les chefs pâtissiers résistèrent à la tentation de préparer des bûches de Noël à plus de 100 euros.

"Les produits de luxe qui relèvent du savoir faire - par opposition au bling-bling - offrent une forme de refuge", dît Frédéric Verbrugghe, le directeur de la grande épicerie. “Les ventes de Dom Pérignon n'ont pas souffert, mais les packagings ostentatoires n'ont pas attiré Dans le passé, les clients auraient acheté un bloc entier de foie gras, cette année c'était juste 5 tranches."

Plusieurs dirigeants Français pensent que l'économie finira par rebondir. Certains vignerons rappellent que l'aristocratie Française arrêta d'acheter du Champagne durant la révolution de 1789, obligeant les fabricants de vins à trouver des débouchés en dehors du pays.

“Nous sommes dans ce business depuis 300 ans", dit Dominique Hériard Dubreuil, Président du groupe Rémy Cointreau, qui produit les cognacs Rémy Martin et le champagne Piper-Heidsieck. “Nous avons été atteint par le phylloxera au 19ème siècle qui détruisit nos vignobles et notre capacité à produire. Nous avons fait face à 2 guerres mondiales. Je vois cette crise comme un événement challenging mais constructif.”

Et pour M. Lagerfeld, couper ses propres dépenses chez Chanel ne fait pas vraiment partie de sa stratégie de "nouvelle modestie". Il précisa qu'il n'était pas forcé par le propriétaire privé de la société de se remettre en question ou de s'adapter en raison de contraintes financières. "Nous n'avons pas de budget, nous faisons ce que nous voulons et jeter l'argent par la fenêtre rapporte de l'argent par la porte d'entrée" dit-il. "Le résultat net c'est que je ne m'occupe pas du résultat net. Le luxe c'est que, durant ma vie, je n'ai jamais eu besoin d'y penser."

Amusant de voir combien notre germano-monégasque national prénommé Karl est représentatif de la baguette et du béret ! Non ?

Mais au fait, qu'en dit Démagolène ?


21 novembre 2008
par JDCh


Démagolène ou Auxabry ?

No comment !


07 novembre 2008
par JDCh


Obama est-il socialiste ?

Les média et le microcosme politique franchouillards se sont réjouis de l'élection de Barack Obama en tant que futur Président des Etats-Unis. Intervenant au milieu d'une crise financière sans précédent, cette élection d'un démocrate métis dont le slogan est "change" conduit très vite nos élites gauloises à déclarer la fin du "libéralisme et capitalisme réunis" et le retour en force d'un interventionnisme étatique synonyme chez nous autres de "socialisme"...

Il convient, à mon sens, de rectifier quelque chose de fondamental qui est fort mal reporté par dans nos tribunes trotsko-colbertistes. La France, face à la crise, n'a quasiment aucune marge de manoeuvre, elle a la chance de ne pas être au coeur du cyclone car nos consommateurs et nos entreprises sont traditionnellement moins endettés que leurs homologues Américains, elle est touchée par contagion par la récession mondiale qui s'annonce mais sa puissance publique ne peut quasiment rien faire:
  • la politique monétaire est conduite par la BCE;

  • augmenter les impôts serait suicidaire et les baisser est impossible;

  • augmenter les dépenses conduirait à la faillite...

La seule chose que nos ministres en charge de l'économie et des finances peuvent faire est de constater que les recettes fiscales vont baisser et qu'à dépenses de fonctionnement constantes, le déficit va filer. Cette augmentation du déficit purement passive n'a et n'aura aucun effet bénéfique sur l'économie nationale...

Par comparaison, le New President dispose de marges de manoeuvre considérables qui peuvent être résumées dans les chiffres comparés suivants:

  • le déficit budgétaire Américain est équivalent en 2008 à celui de la France à savoir environ 3% du PIB mais celui comprend les dépenses somptuaires liés à la guerre en Iraq que tout bon comptable considérerait comme une "charge exceptionnelle" !

  • la dette fédérale Américain est équivalent à celle de l'Etat Français environ 65% du PIB mais elle comprend le financement à venir des retraites des fonctionnaires Américains que nous autres considérons comme "hors bilan". Si nous adoptions la même comptabilisation de cette dette colossale (environ 800 milliards d'euros), la dette de l'Etat Français serait à 110% du PIB !

  • le poids des dépenses publiques aux Etats-Unis pèse un bon tiers du PIB quand ce même poids représente plus de la moitié du PIB en France !

Ainsi lorsque le Président Obama dit qu'il va baisser les impôts des plus défavorisés et des classes moyennes, il peut le faire de façon grandiose sans même approcher le piteux état de déficit structurel ou de déficit accumulé de la France socialiste. De même, s'il décide d'augmenter la dépense publique de 10% (ce qui est énorme), l'écart du ratio dépenses publiques sur PIB resterait en deçà des 40% aux Etats-Unis quand il flirte avec les 55% chez nous.

Obama n'est pas socialiste ! Obama est Américain et démocrate et pense, à juste titre, que le "Reaganisme" est allé un peu loin dans le "laisser faire" et que l'état des finances publiques Américaines (bien meilleur que l'état des finances des consommateurs ou entreprises Américaines) permet de déplacer le curseur vers la gauche pour "amortir" les conséquences de la crise financière en cours.

Il y a ainsi deux lectures de la politique fiscale qu'il veut mettre en oeuvre. Certains (les gallo-socialistes) diront "Obama veut taxer les hauts revenus" (qui le sont beaucoup moins qu'en France). D'autres plus justement qu'"Obama veut alléger l'impôt sur le revenu des plus modestes" (qui ne paient déjà pas ou presque pas d'IRPP en France). Une forme de "redistribution fiscale" amortissant les conséquences de la crise financière est disponible à Obama (quand notre ami Sarkexpresso a hérité d'une situation aberrante et ne peut évidemment pas la rectifier en période de crise puisque cela aurait pour conséquence d'aggraver ladite crise).

Les Etats-Unis sont comme un cycliste en bas d'une côte qui a fait une lourde chute, est KO mais qui a toujours des jambes et un vélo. La France est en bas de la même côte, n'a pas chuté mais circule dans une petite chaise roulante... La remontée sera longue et pénible pour les deux mais inutile de vous dire qui arrivera en haut de la côte le premier !

A ceux qui se réjouissent d'une remontée en force du politique et des Etats, ils devraient s'interroger sur l'influence de la garantie implicite (puis explicite) de l'Etat Américain sur les obligations émises par Fanny Mae et Freddy Mac (c'est ce qui a conduit les agences de notation à noter "AAA" des titres dérivés de prêts hypothécaires douteux) ou sur celle des règles comptables "mark to market" imposées par le(s) régulateur(s) qui ont provoqué l'effet domino auquel nous venons d'assister...

Loin de moi l'idée de dire qu'il n'aurait pas fallu protéger le consommateur Américain des prêteurs qui lui ont fait croire que les arbres touchent le ciel. Loin de moi l'idée que l'Amérique de Reagan était parfaite mais ce n'est sûrement pas dans l'anti-capitalisme que notre ami Obama ira puiser ses idées de changement !


27 septembre 2008
par JDCh


Wall Street and/or Main Street

Depuis que j'ai accepté de partir en Californie pour m'occuper de notre bureau à Menlo Park, les agitations de Sarkespresso ne m'ont plus passionné du tout et je me suis retrouvé en panne de "blogging"...

Me voilà, depuis une semaine, suivant la fameuse affaire du "700 b$ bailout" sur CNN ou MSNBC, et en voilà une affaire qui est compliquée et intéressante... Le climat économique des prochaines années aux Etats-Unis, en Europe et sans doute sur la planète entière dépend, en effet, pour beaucoup de sa mise en oeuvre...

Rappelons qu'après le "Lehman Brothers Monday" qui a vu cet emblème de Wall Street se placer sous le régime des faillites ("chapter 11") vint le "Crazy Friday" où les bourses du monde entier prirent 10% suite à l'annonce par le secrétaire au trésor Américain Mr Paulson de lancer une structure de défaisance ("bailout") dotée de 700 milliards de dollars pour débarrasser les institutions financières de leurs mauvais "assets".

Rappelons également que ce plan doit être défini et lancé à 8 semaines de l'élection du successeur de George W. Bush et que les 2 candidats Obama et McCain ne peuvent rester silencieux sur ce sujet qui pèse 2 fois le budget annuel de l'Etat Français ! Leurs premières réactions furent plus que pathétiques. McCain rappela à raison que ce serait le contribuable qui paierait. Quelle perspicacité ! Obama appela à ce que les PDGs des institutions financières bénéficiant de ces ventes de "bad assets" prennent l'engagement de limiter leur rémunérations. Fondamental !

Les jours suivant le débat prit un tour plus profond posant 2 questions fondamentales: 1) A quel prix racheter ces fameux "assets" ? 2) Est-ce que ce plan aide Mr Smith qui n'arrive pas à payer ses mensualités et va se faire saisir ("foreclosure") sa maison.

La première question soulève le point, en fait pas si fondamental que cela, de savoir si on fait un cadeau aux gars de Wall Street: exemple, ils ont provisionné à 10% de leurs valeurs toutes les MBS ("Mortgage Based Securities") plus ou moins infestées de "subprime", on leur rachète à 20% de leur valeur et il s'avère dans 5 ans que le taux de défaillance n'est "que" de 50%. On a fait un cadeau de 100% de la "book value" aux banquiers mais l'état fédéral réalise un 2.5x la mise en 5 ans. Est-ce juste ? Injuste ? Dur à dire...

Est-ce que ça résout le problème de Mr Smith ? Absolument pas...

C'est là que, ironie du sort, le capitalisme vient au secours du capitalisme au bord de l'infarctus. Une réflexion sur les mécanismes utilisés lors de LBO ("Leverage Buy-Out") lorsque la société sous LBO n'arrive pas payer la dette qui a permis partiellement de la racheter amène une piste qui servira certainement de base au "bailout plan"...

Imaginons que Mr Smith ait emprunté $160k pour acheter sa maison, il lui reste $150k de capital à rembourser et sa maison est évaluée, à ce jour, à $100k. La solution par défaut est: 1) la banque saisit la maison et essaie de la vendre dans un marché où les maisons à vendre pullulent et où les prix sont en chute libre 2) Mr Smith se déclare en faillite personnelle car incapable de rembourser les $50k (plus pénalité) qui manquent. Du Zola avec un giga Z... car il y a plein de Mr Smith...

La solution "capitaliste" à cette solution est d'évaluer la véritable capacité d'endettement de Mr Smith, disons $90k qui lui permettent de refinancer partiellement son prêt et de lui laisser sa maison mais de faire qu'il en devienne un actionnaire. Le prêteur, à qui il doit $60k, en est le co-actionnaire. Mr Smith a 90/150 soit 60% de la maison, le prêteur 60/150 soit 40%. Le prêteur a récupéré 90 (cash) + 40% x 100 (part de la maison) = 130 sur les 150 initialement dûs (ce qui est loin des 90% de discount) et Mr Smith habite toujours dans "sa" maison. Le jour où Mr Smith vend, il touchera 60% du prix ce qui devrait couvrir le restant à payer de son prêt (qui aura diminué) surtout si, après le "krach" immobilier, le marché rebondit...

Non seulement le modèle est assez malin et permet de limiter de façon significative 50-80% (selon les experts) le nombre de "foreclosures" et le nombre de Mr Smith en faillite personnelle mais aussi, les prêteurs s'aperçoivent qu'ils ont perdu moins que provisionné et surtout, leur "actions" dans les maisons ont un prix pour que la structure de défaisance les lui rachète.
Que vaut 40% d'une maison évaluée à $100k ? $40k plus un "chouïa" correspondant à une option sur éventuelle plus-value en cas de remontée du marché immobilier. La taille du "chouïa" sera ou non un cadeau à Wall Street mais restera un "chouïa"...

Ouf ! on est sauvé. On a la solution de principe. Reste à la mettre en oeuvre...
Et ça, c'est un "huge plan" discuté au Capitole en ce moment...


10 juillet 2008
par JDCh


Sarkespresso: what else ?

En ces temps où notre Président joue les dosettes de Nespresso, le matin Etatisco pour un réveil rapide, le soir Reformistretto pour une nuit paisible, j'ai vraiment du mal à me motiver pour bloguer. L'article de Bernard Zimmern, que j'ai eu dans ma messagerie ce matin, m'a cependant donné envie de réagir.

Je suis, en général, assez d'accord avec l'IFRAP dont il m'arrive souvent de relayer les articles ou pétitions contre les usines à gaz élaborées par nos technocrates, les dérives étatistes de nos politiciens et les fausses bonnes idées de l'économie mixte et de ses pique-assiettes...

Il me semble cependant que dans cet article, Mr Zimmern (appelé BZ dans la suite de ce "post") s'est laissé aller à un simplisme qui, s'il se veut pédagogue, mérite d'être complété voire corrigé pour ne pas induire le lecteur en erreur.

Si BZ veut souligner que, dans notre cher pays, on confond innovation et acte créatif technologique et que 3 ingénieurs, qui inventent une solution sans savoir quel problème elle résout, ne font pas de l'innovation, alors je suis d'accord avec BZ.

Si BZ veut alerter sur le fait que, convaincus à tort que l'innovation est un truc d'ingénieurs aéronautiques ou nucléaires (secteurs dans lesquels les cycles de vie des produits sont extrêmement longs et les innovations assez rares), les Français, leurs universités et leur administration ont une conception fausse de l'innovation, toujours d'accord avec BZ.

Si BZ veut dire que le marketing de l'innovation (qui est l'atout numéro 1 des sociétés Américaines) à savoir à la fois la capacité à identifier une demande du marché et à "pousser de façon inductive" sur le marché un produit ou un service répondant à cette demande est un point faible de nos entreprises dites "innovantes", encore d'accord avec BZ.

Si BZ veut expliquer que le lien entre recherche et innovation est ténu (cf Rencontre avec un prix Nobel) et implique de profonds changements de mentalités pour se révéler utile économiquement, toujours d'accord avec BZ.

Si BZ veut contester la politique de saupoudrage d'OSEO (qui raisonne souvent en nombre d'entreprises soutenues avec quelques centaines de kilo-euros chacune) et les contraintes d'investissement des FCPI (qui les obligent dans une moindre mesure à saupoudrer eux-aussi) et constater que nous avons plein de petites boîtes "techno innovantes" au destin local et incertain, d'accord aussi avec BZ.

Si BZ veut expliquer que toutes les entreprises et tous les "business models" ne sont pas candidats à des levées de fonds type "capital-risque" et que les "business angels" ont un rôle-clé à jouer à la fois dans l'amorçage de projets ambitieux (avant prise de relais par les capitaux-risqueurs) et dans le financement de bout en bout de société aux besoins capitalistiques légers, encore d'accord avec BZ.

Si BZ veut insister sur le fait que la création d'emploi potentielle en France réside de façon extrêmement importante dans des secteurs traditionnels et notamment dans le secteur des services où l'innovation n'est pas technologique (mais peut-être simplement reposant sur l'utilisation d'une technologie éprouvée pour faire profiter au client des gains de productivité ou des bénéfices d'usage de cette technologie), toujours d'accord avec BZ.

Si BZ veut enfin dire qu'il y a plus à gagner en matière de création d'emplois via une réforme de la fiscalité de l'entrepreneur ou du "business angel"..., qu'en demandant (pour le même coût pour le contribuable) à OSEO et la CDC de financer en partie les "entreprises innovantes", enfin et toujours d'accord avec BZ.

Mais, il y un mais...

Si BZ renonce implicitement à l'émergence de champions "technologiques" Français ou Européens, déclarant la guerre perdue avec les Etats-Unis et appelant de ses voeux une économie entièrement tertiarisée qui paie des "royalties" à la côte ouest des USA pour l'usage des technologies permettant de délivrer un service ou un produit incrémentalement meilleur que ses prédécesseurs, il se trompe sur la viabilité du modèle. Pour qu'il y ait croissance et donc, par rebond, création d'emplois, il faut qu'il y ait création de valeur et que celle-ci ne soit pas "taxée ou confisquée" systématiquement par un tiers au système économique considéré (qu'il s'agisse du possesseur du brevet ou de l'acteur en situation de monopole de fait ou... bien sûr de l'Etat).

Si la technologie ne contribue que pour 6% à la création directe de "jobs", plus de 50% de la croissance Américaine repose soit sur des gains de productivité autorisés par la technologie, soit sur la création de marchés nouveaux rendus viable par l'innovation technologique.

Nokia, leader mondial des téléphones mobiles est Finlandais, SAP, numéro 1 mondial des logiciels d'entreprise est Allemand, Dassault Systèmes, champion des logiciels PLM est Français, CSR, leader des composants bluetooth est Britannique... Si nous étions en face uniquement d'oligopoles Américains, nous serions mal... très mal... Monsieur Zimmern.


03 juin 2008
par JDCh


Capitalisme et antinomies présumées

Dans la lignée de la "Dictature du court terme", j'étais la semaine dernière à un événement dont les élites Françaises ont le secret intitulé "Croissance & Capitalisme, synonyme ou antinomique ?". A part que j'aurais sans doute mis un 's' à la fin de "synonyme" et "antinomique", je me suis dit que les invités étant de qualité (Bernard Liautaud, fondateur de Business Objects, Jean-Bernard Levy, Président du directoire de Vivendi et l'inénarrable Jacques Attali en tournée de promotion des travaux de la fameuse commission pour la libéralisation de la croissance...), il y aurait peut-être des choses intéressantes à y entendre.

En réalité, tout le monde s'accordant sur le fait que la croissance sur les 150 dernières années a été la conséquence de l'avènement du capitalisme au 19ème siècle, et que, même si la récession actuelle (larvée ou non) trouve son origine dans la "financiarisation" de l'économie, il n'existe pas de modèle non capitaliste qui ait pu démontrer la moindre capacité à générer de la croissance, le débat-titre a donc été rapidement abandonné, évoquant simplement une accélération de la vitesse de "circulation des capitaux" à comparer à la simple "accumulation des capitaux" de grand-papa, pour glisser vers "démocratie et capitalisme" et vers "développement durable et capitalisme"...

Concernant la présumée contradiction entre démocratie et capitalisme, tous s'accordèrent finalement à reconnaître qu'il s'agit, au contraire, de l'attelage le plus prometteur: le capitalisme ne pouvant reposer que sur un certain niveau de liberté individuelle (puisqu'il y a recherche du profit individuel) et la démocratie impliquant une forme d'autorité garantissant l'intérêt collectif. Attali, dans une formule bien à lui, diagnostiqua le malaise actuel par un simple constat "le marché est global, les démocraties sont locales"... Pas d'antinomie donc entre capitalisme et démocratie; Mieux, deux systèmes qui peuvent se faire la courte échelle comme la libéralisation des économies Russe ou Chinoise peut le laisser espérer en terme de progrès démocratiques consécutifs... Pas de gouvernement mondial certes, des démocraties "locales" beaucoup moins puissantes que dans le passé mais qui doivent pouvoir s'adapter à cette globalisation du marché et du capital surtout si elles deviennent continentales (USA, Union Européenne...).

On en arriva donc naturellement à l'intuitive contradiction entre développement durable et capitalisme. On entendit lamentations, alertes et voeux pieux mais rien qui ne paraissait être autre chose que du "wishful thinking" (aspiration vaine) tant il semblait que les invités souhaitaient maintenir la contradiction en question. Ce n'est pas parce que des fortunes colossales ont été bâties autour du pétrole et que cette énergie fossile va devenir rare que le capitalisme est anti-développement durable ! On pourrait même dire le contraire: c'est parce que le pétrole devient rare et que le marché est efficace, que, par exemple, Toyota a pris une longueur d'avance sur les véhicules hybrides. Le prix du baril flambe, la différence de prix entre un véhicule classique et un véhicule hybride est rendue de plus en plus acceptable au vu des économies de carburant envisagées, Toyota qui a, dans une logique purement capitaliste, été le pionnier de cette technologie va en dégager de substantiels profits en même temps que des économies de pétrole et d'émission de CO² vont être réalisées. On pourrait multiplier les exemples de ce type alors qu'il serait difficile de démontrer, via un exemple, une initiative "écologique" qui ait réussi sans s'appuyer sur le marché pour connaître un déploiement rapide et efficace ! Le Velib serait-il le succès qu'il est si la gestion de cet immense parc de vélocipèdes n'avait pas été confiée à une société privée et si celle-ci n'avait pas élaboré un "business plan" profitable supportant cette initiative ?

Au lieu d'opposer le couple capitalisme/marché avec tout ce qui pourrait être meilleur, nos politiciens devraient faire acte de pédagogie sur leurs rôles de protection du "consommateur" (au sens "marché" du terme) par leur capacité à s'assurer que le marché prend le relais, que la concurrence entre les acteurs est réelle, que les recours pour le consommateur sont disponibles et qu'une pression fiscale ou encore mieux d'opinion s'applique sur ceux qui ne respectent pas les règles fussent-elles difficiles à imposer dans une économie globale. Aucun Etat démocratique ne peut imposer à Nike de ne pas fabriquer ses "sneackers" dans une dictature peu respectueuse du droit des enfants: toutes les démocraties peuvent informer le consommateur et s'appuyer sur la concurrence pour que Nike n'ait d'autre option que de cesser de telles pratiques au risque de voir son chiffre d'affaires et ses profits s'effondrer tout de go. Aucune démocratie ne peut imposer à Starbucks d'acheter du café "commerce équitable" mais la multinationale de Seattle peut parfaitement intégrer dans son "business model" un café acheté plus cher à un producteur Guatemaltèque et y trouver un axe de communication marketing profitable...

Vous l'avez compris, je ne comprends toujours pas pourquoi politiciens et médias continuent à vouloir implicitement opposer des objectifs collectifs que la démocratie peut adopter avec l'outil formidable de changement et de déploiement que constitue l'économie marché capitaliste. C'est d'ailleurs uniquement sur la base de la création de valeur délivrée par cet outil que les systèmes collectifs peuvent trouver leur financement via taxes, impôts et prélèvements. C'est parce que la France vit encore dans cette éternelle nostalgie trotskiste que notre pays est incapable de générer la "durable croissance durable" dont il a tant besoin...