11 novembre 2006
par JDCh


What France needs ? De quoi la France a-t-elle besoin ?

Ce dossier de "The economist" a fait coulé beaucoup d'encre. Toujours intéressant de voir comment des commentateurs étrangers et éclairés parlent de nous... Cette édition comporte 14 pages de données très intéressantes sur notre cher pays. Si vous l'avez dans les mains, à lire absolument...

Comme je l'avais déjà fait avec un autre article au moment du CPE en Avril dernier (cf cette traduction), je me suis permis de traduire l'édito pour ceux qui ne lisent pas la langue de Shakespeare.

En ce moment, l'ambiance est morose en France. Alors que Jacques Chirac entre dans les mois crépusculaire de sa onzième et (sûrement) dernière année de Président, il est le plus impopulaire résident de l'Elysée de toute l'histoire de la Cinquième République. Le gouvernement de son Premier Ministre, Dominique de Villepin, a été paralysé depuis les manifestations du printemps dernier contre la modeste réforme du marché du travail. Les Français ont inventé un mot à la mode: "déclinologie" pour décrire une croyance dans l'impossibilité de réformer le pays.

Pourtant la France compte. C'est la sixième plus grosse économie mondiale, elle est membre permanent du Conseil de Sécurité de l'ONU et elle dispose officiellement d'une force de frappe nucléaire. Elle a été l'un des fondateurs de l'actuelle Union Européenne, un des moteurs de la création de la monnaie unique et, malgré le rejet dans les urnes par les Français du projet de constitution Européenne en Mai 2005, un promoteur de toujours pour une intégration Européenne plus poussée. C'est en partie à cause de la paralysie Française que l'Union elle-même est si incertaine quant à ses orientations. C'est pourquoi l'Europe et le Monde observent avec grand intérêt le déroulement de la campagne pour l'élection présidentielle du printemps prochain.

Notre enquête de cette semaine explique le contexte morose de cette élection. Dix années de suite, l'économie a connu une croissance inférieure à la moyenne des pays les plus riches de l'OCDE. Les finances publiques semblent en très mauvaise posture: les dépenses publiques comptent pour la moitié du PIB et, lors des dix dernières années, la dette publique a progressé par rapport au PIB plus vite que dans n'importe quel pays de l'Europe des Quinze. Par dessus tout, la France souffre d'un niveau de chômage persistant, qui semble fixé entre 8 et 10%, et supérieur à 20% pour les jeunes. Ce non-emploi chronique, plus que toute autre chose, explique les émeutes et les voitures brûlées qui explosèrent il y a un an dans les banlieues de Paris, peuplées majoritairement par de jeunes rebelles Musulmans. Aujourd'hui, ces zones restent tendues: 21.000 véhicules ont été brûlés au seul premier semestre de l'année - deux fois plus que pendant les 3 semaines d'émeutes. Un sentiment d'exclusion qui perdure.

Ce n'est pas impossible

Ceci dit, la France est un pays de contradictions. Son économie est peut-être amorphe mais ses travailleurs sont parmi les plus productifs du monde. Sa population est notoirement méfiante à l'égard de la mondialisation et du libéralisme économique, mais la France peut s'enorgueillir des réussites de sociétés multinationales parmi les plus performantes au Monde. Son secteur public être peut-être obèse et sa pression fiscale excessive mais la qualité de ces fonctionnaires est largement admirée. Ses universités méritent leur classement très bas dans les classements mondiaux mais les fameuses Grandes Écoles sont parmi les meilleures du monde. En un mot, la France est un pays dans lequel, pour chaque faiblesse, il est possible d'identifier un point fort correspondant.

La question est donc de savoir si la France est maintenant capable de construire à partir de ces points forts en apportant les réformes visant à la compétitivité de son marché du travail, de ses services et monopoles publics protégés, de son modèle social et de sa réglementation étouffante. Il y a des raisons d'être optimiste. Beaucoup, parmi les impressionnants hommes d'affaires Français, demandent des changements. La démographie du pays est plus saine que celle de ses voisins. Parce qu'elle est moins dépendante de l'industrie manufacturière que l'Allemagne, l'Italie ou l'Espagne, la France a moins à craindre de la compétition à bas prix venue d'Asie. Il sera toujours difficile de faire passer des réformes face au feu des manifestants dans les rues. Mais au moins, le gouvernement n'est pas entravé par les politiques de coalition qui complexifient toute tentative de réforme en Allemagne ou en Italie.

Et certains ont montré le chemin. Les commentateurs désabusés Français arguent parfois que seuls des plus petits pays, plus homogènes, tels que l'Irlande, la Finlande, le Danemark ou les Pays-Bas peuvent se réformer. Mais l'Espagne a ouvert son économie et le Canada a restauré ses finances publiques. Si l'on regarde de l'autre côté de la Manche: dans les années 70, la Grande Bretagne souffrait de déclinologie elle-aussi. Beaucoup disaient que les syndicats étaient trop forts, que la réforme était impossible. Après tout, un Premier Ministre, Edward Heath, avait tenté valeureusement des changements en 1970-72 pour finalement être évincé par une grève des mineurs - de même les courageuses réformes de Alain Juppé en 1995-97 avaient été annulées par les manifestations dans les rues. Et pourtant, après 1979, Margaret Thatcher a montré qu'un gouvernement déterminé pouvait réorganiser complètement une économie sclerosée (et vaincre les mineurs). Il s'est agi avant tout d'une question de "leadership".

Les choix au printemps

Le véritable enjeu n'est pas de savoir si la France est réformable - la réponse doit être "oui". Il s'agit de savoir s'il y a une Madame Thatcher qui aurait le courage de s'attaquer aux avantage acquis. Le pronostic n'est pas encourageant. A gauche, 3 candidats s'affrontent pour une nomination par le Parti Socialiste le 16 Novembre prochain de son candidat à l'élection présidentielle. Même le plus modéré, Dominique Strauss-Kahn, a signé un programme socialiste "vieux style". Un autre, Laurent Fabius s'est repositionné en champion de "l'anti-libéralisme". Celle qui fait la course en tête, supposée moderniste, a critiqué les règles absurdes des 35 heures mais uniquement parce qu'elles donneraient aux employeurs trop de pouvoir sur les travailleurs. A droite, Nicolas Sarkozy, l'hyper-actif Ministre de l'Intérieur, a l'air plus prometteur. Il prêche pour une "rupture" avec les politiques passées et une modernisation du "modèle social". Ceci dit, il a été un Ministre des Finances interventionniste avec aucune apparente affinité pour le libre échange et il est récemment apparu plus modéré quant au besoin d'une réforme radicale.

Tout ce qui n'est pas très encourageant mais la dame ou l'homme de fer de la France n'a pas besoin d'être aussi cuirassé que l'ancienne Premier Ministre Britannique. Quand Madame (maintenant Lady) Thatcher s'engagea dans sa mission de convertir les Britanniques aux joies de la création de richesses, Leonid Brejnev dirigeait l'Union Soviétique et beaucoup rêvaient encore de l'utopie socialiste. Par contraste, l'hostilité de la France à l'égard du capitalisme pourrait fort bien avoir été préservée parce que des politiciens comme Monsieur Chirac les y ont encouragés bassement au lieu de confronter le secteur public Français avec les réalités de l'économie mondialisée dans laquelle son secteur privé prospère.

En Grande Bretagne, où le secteur privé était bien plus faible, il a fallu presque deux décennies pour redresser l'économie. Si le prochain Président Français peut pousser les réformes nécessaires à la restauration de la compétitivité du pays, la France pourrait rebondir bien plus rapidement que ne le déclarent les déclinologues.


Plus d'infos sur http://www.wikio.fr/search=%22what+France+needs%22



4 Comments:

At 4:33 PM, novembre 11, 2006, Anonymous Anonyme a dit...

Declinilogue veut dire regarder le declin en face ce n'est pas etre declinophile!

Il faudra vingt ans pour sortir ce pays de l'orniere ou le dogmatisme de s gauches l'a menee. Si les francais en chemin ne changent pas d'avis!

Peut etre plus fondamental encore la culture du lieu, et l'on ne change pas cette culture le temps d'un mandat, la mesure est en generations.

Esperons mais restons realistes.

 
At 9:41 AM, novembre 13, 2006, Anonymous Anonyme a dit...

Allo?

Rien? Pas de post? Pas de commentaire? On fait le mort?

"Démagolène" veut mettre les profs de collège aux 35h, et rien ne bouge ici même? Surprenant, ou peut-être êtes-vous même trop surpris pour réagir. Ou peut-être que la perspective de ne plus pouvoir bâtir des business privés avec le temps de professionnels volé à la collectivité (le temps "libre" des profs) vous déprime?

PS: by the way, le dossier de The Economist est en demi-teinte et totalement désabusé, comme s'ils prévoyaient déjà que bientôt, rien ne changera.

 
At 11:54 AM, novembre 13, 2006, Anonymous Anonyme a dit...

Bientot rien ne changera... Hypothese raisonnable. Ce pays est le pays de l'immobile. On y pratique le dynamisme de conquete de pouvoir suivi de l'immobilisme le plus madre!
On y pratique comme nulle part la cosmetologie des discours et celle des presentations (la construction de verites)...

Comme dit JD Les mensonges n'engagent que ceux qui les écoutent

 
At 11:50 AM, novembre 26, 2006, Anonymous Anonyme a dit...

A propos de réveler des mensonges:

http://www.sos-action-sante.com/

A lire!

 

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