13 janvier 2007
par JDCh


Maurice Lévy s'épanche...

Je suis tombé cette semaine sur l'interview de Maurice Lévy PDG de Publicis dans le magazine Time. Cet inamovible et fort honorable PDG du premier groupe publicitaire Français n'y mâche pas ses mots. Ce patron d'un groupe, juste sorti du CAC40, est interrogé sur une acquisition importante (1,3 milliard de dollars) réalisée aux États-Unis dans le domaine de la publicité sur internet mais 8 des 10 questions posées par le journaliste concernent notre "pôvre" France. Monsieur Levy ne fait preuve d'aucune mansuétude à l'égard de nos gouvernants et ne cherche absolument pas à dédramatiser la situation que nous connaissons.

Cette posture d'un grand patron Français est nouvelle... La tradition est plutôt d'avoir la dent dure en "interne" et de sauver la face en "externe". Ce changement d'attitude est révélateur: il est vain d'en appeler au principe de réalité en France puisque nos hommes et femmes politiques sont sur une autre planète et jouent des coudes démagogiques pour obtenir les suffrages de nos concitoyens. Il n'est plus raisonnable de cacher à l'extérieur notre misérable situation car il n'est plus possible, ce faisant, d'être crédible !

Maurice Lévy est sûrement un patriote, au service du pays quand on le lui demande (voir mission confiée par notre Minefi sur l'économie de l'immatériel) mais il ne peut plus cacher sa frustration à la presse anglo-saxonne...

Traduction de l'article original du Time...


Maurice Lévy, PDG de Publicis, géant de la publicité basé à Paris, a plutôt joué les provocateurs en 2006. Avec l'acquisition, pour 1,3 milliard de dollars de la société américaine de publicité sur internet Digitas, il emmène son groupe dans le marché de plus en plus important de la publicité en ligne. Il est également le co-auteur d'un rapport controversé, critique acérée des pratiques économiques de la France post-industrielle. Il s'est exprimé récemment auprès du journaliste du Time Peter Gumbel.

Vous venez de remettre un rapport sur la France...

La France est bonne pour créer 3 choses: du chômage, des coûts de sécurité sociale et des rapports officiels.

Vous êtes très critique vis à vis de la France. La situation est-elle si grave ?

Il y a la France des grande entreprises qui se débrouillent très bien. Il y a la France au travail qui ne va pas bien et il y a le monde politique Français qui est une sur une autre planète. Nous avons un parti Communiste qui continue à créer des problèmes même s'il n'est pas très représentatif ! Nous avons un parti Socialiste qui rêve toujours d'une économie socialiste. Nous avons des syndicats qui représentent 8% des travailleurs mais qui terrifient tous les gouvernements. Et nous avons une droite qui n'ose pas assumer son rôle. C'est surréaliste.

Cela pourrait-il changer alors qu'une nouvelle génération de politiciens émerge ?

Les deux principaux candidats à la présidentielle - Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy - ont juste 50 ans mais sont en politique depuis 30 ans. Leur problème va être d'empêcher leurs partis, qui vivent toujours dans le passé, de faire la loi.

L'un des candidats est-il en mesure de briser le moule ?

J'ai peur que non. Chaque fois que Madame Royal s'exprime, quelqu'un derrière elle "corrige" ce qu'elle pense. Chaque fois que Sarkozy parle, il y des voix qui disent "oui, mais vous devez être prudents". Nous sommes dans une situation où le moment d'une révolution, si il existe, n'existe que leurs têtes.

Vous recommandez de faire meilleur usage des actifs immatériels de la France comme ses brevets et ses marques. N'est-ce pas difficile à expliquer ?

Oui, particulièrement dans un pays comme la France où la richesse vient traditionnellement de la terre. Tout ce qui touche aux services, à l'argent ou au commerce est suspect. Mais les choses commencent à évoluer. Les gens savent qu'il y a une différence entre un faux et un véritable Vuitton. Et les politiciens peuvent voir que l'immatériel peut avoir des effets positifs sur l'emploi et la richesse.

Quelles devraient être les priorités ?

Nous devrions arrêter de penser Français et penser Européen. Nous vivons dans un vaste monde très compétitif et la France n'est pas assez grande pour concourir. Mais nous devons également changer le modèle. Prenez notre système éducatif. Il ne marche pas. Changeons-le. Ceci est vrai pour nos systèmes sociaux et législatifs.

Quel est le rôle de l'etat dans tout cela ?

Le problème en France est que dès que vous faîtes une erreur cela devient un tabou. L'impôt sur la fortune était une erreur, mais vous ne pouvez le toucher au cas où cela provoquerait des réactions négatives. La semaine des 35 heures était également une erreur, mais n'y touchez pas. La droite n'ose pas revenir sur les décisions faites par la gauche.

Donc la gauche est mieux placée pour introduire des réformes ?

Il a toujours été plus facile pour la gauche de réformer mais c'est parce que la droite n'a jamais mené à terme ses idées. Le meilleur exemple fût 1995 [quand le gouvernement abandonna ses réformes après des semaines de grève des transports]. Si vous donnez un signe comme celui-ci, vous dîtes clairement aux Français: si je propose une réforme que vous n'aimez pas, sortez dans la rue et je vous promets de l'abandonner.

Pourquoi Publicis a-il acquis Digitas ?

Il y a un déplacement massif des média traditionnels vers les média en ligne. Nous prévoyons que l'interactif va représenter 10% de la dépense mondiale publicitaire en 2010. En intégrant Digitas, nous devenons l'un des principaux acheteurs sur Google, Yahoo et MSN.

N'est-ce pas un peu cher ?

Oui, mais nous avons payé un prix en bas de fourchette pour ce type d'actifs. D'ici 4 ou 5 ans, à peu près 25% de nos ventes le seront dans les média numériques, et cette opération paraîtra très bon marché.



1 Comments:

At 3:11 PM, janvier 19, 2007, Anonymous edgar a dit...

Un bel exemple de yaka fokon.

vous n'avez pas mieux comme référence intellectuelle ?

 

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