22 décembre 2006
par JDCh


Une pluie de dollars sur Wall Street et la City

L'article de Libération ci-dessous reproduit bien le système de pensée étriqué dans laquelle les Français aiment à se confiner. Tous ces vieux et jeunes loups de la Finance basés à NYC ou à London gagnent des sommes "indécentes" et, puisqu'il s'agit de finance, cela n'est "pas forcément très propre" !

C'est cette défiance vis à vis du monde de la bourse et des fusions-acquisitions qui fait de Paris une place financière "provinciale" à l'échelle de la planête et qui a peuplé les salles de marché et équipes M&A des banques New-Yorkaises ou Londoniennes de Français expatriés qui regardent la France comme une potentielle "résidence secondaire" !

Ceci appelle quand même quelques remarques de bon sens que notre morale "catholico-marxiste" ne devrait pas masquer. Restons lucides :
  • Zidane, Johnny, Depardieu et compagnie gagnent également des sommes considérables (Zidane sur 2006 sera, en terme de revenus, au dessus du patron de la plus grande banque d'affaires mondiale !) et , pour eux, l'indécence ou la suspicion sont remisées. Pourquoi ? Il n'y a pas vraiment de raison et il est normal qu'un jeune banquier de talent puisse gagner plus ou autant qu'un obscur footballeur professionnel de Ligue 1 !
  • Si tous les banquiers d'affaires, "traders" ou gestionnaires de "hedge fund" de nationalité Française étaient basés à Paris et payaient impôts et cotisations en France, on retrouverait une jolie somme à redistribuer dans notre système collectif. Nos prélévements obligatoires abusifs et notre "moralité à la noix" font que cela n'est pas le cas.
  • On parle souvent en France, d'une priorité donnée à l'actionnaire par rapport aux salariés. Le monde de la finance démontre que cela n'est pas vrai partout (tous les bénéficiaires de ces bonus "astronomiques" sont des employés !) et que le capitalisme/libéralisme repose sur un partage entre le détenteur du capital et celui qui crée de la valeur en faisant prospérer ce capital. Dérangeant pour beaucoup, cette constatation s'applique en Angleterre et aux Etats-Unis bien au delà du monde la finance: les salariés des entreprises les plus prospères sont les mieux payés...
  • La finance (en anglais "money business") est le plus gros secteur économique et il n'est pas prêt de mourir ou d'être délocalisé aux fins fonds de la Chine ou de l'Inde... Quand nos amis Britanniques ont fait le choix de privilégier la finance au risque d'abandonner leurs industries, ils ont fait un choix "immoral" mais opportun qui bénéficie à l'ensemble des Londoniens et des Britanniques...
Money business never dies...


Chaque année, les banques en mal d'investissements rémunèrent leurs meilleurs employés en leur offrant des primes démesurées
Par Sabine LIMAT, Laurent MAURIAC
Jeudi 21 décembre 2006
Respectivement à Londres et à New York

Les niveaux sont indécents. Cette année plus encore que l'année précédente et peut-être moins que la prochaine. Mais, pour la petite poignée d'employés de la finance, ces bonus qui tombent chaque année à Noël sont l'évidence même. Quand la Bourse s'envole, quand les entreprises fusionnent à tour de bras, l'argent coule à flots dans les grandes firmes financières. Et les montants des «pourboires» deviennent stratosphériques.

Jackpot. L'explication est aussi froide que celle de cet analyste de Wall Street qui requiert l'anonymat : «Les bonus découlent des profits. Les clients des entreprises de Wall Street ont trop d'argent . Nous nageons dans le capital. Il y a trop de capital disponible et pas assez de possibilités d'investissements. Les compagnies américaines se sont restructurées ces cinq dernières années. Elles réalisent à présent des profits colossaux.» Et c'est comme ça que, cette année, à Wll Street (selon les estimations présentées mardi par le contrôleur de l'Etat de New York), les bonus ont augmenté de 17 % pour atteindre 23,9 milliards de dollars et de 30 % dans les cinq principales firmes financières américaines (Goldman Sachs, Morgan Stanley, Merrill Lynch, Lehman Brothers et Bear Stearns). Ces dernières devraient distribuer 36 milliards de dollars en bonus à leurs 173 000 employés de par le monde. Tous ne toucheront pas le même jackpot. Mais pour certains, c'est mieux que l'Euro Millions. Ainsi, Lloyd Blankfein, nommé en juin à la tête de Goldman Sachs, va recevoir 53,4 millions de dollars. C'est un record. Dans le lot, il y a 27,3 millions en cash, 15,7 millions en actions et des stock-options d'une valeur de 10,5 millions. A côté, son salaire ­ 600 000 dollars ­ fait bien maigrichon. Mais il est vrai qu'à ces niveaux on se demande encore à quoi sert le salaire s'il faut des bonus pour récompenser le travail. On connaissait déjà la chanson avec les rémunérations des grands patrons ainsi que l'argument qui va avec : contribution aux profits, prise de risques, etc. Comme si la même antienne ne valait pas pour tous les salariés oeuvrant aux bénéfices des groupes. Et Goldman Sachs, dont le cours de l'action a crû de 60 % en un an, annonce cette année un bénéfice record de 9,5 milliards de dollars. Morgan Stanley ne se porte pas trop mal non plus, et la semaine dernière John Mack, son PDG, a empoché 41,1 millions de dollars.
«Symbole». Avec leurs Ferrari et leurs Bentley customisées, leurs hôtels particuliers de 5 millions de livres achetés cash sans sourciller à Holland Park ou Chelsea, leurs jets privés et leurs vacances à la Barbade, les jeunes ­ et moins jeunes
­ loups de la City de Londres n'ont rien à envier à leurs collègues new-yorkais. Michael Sherwood (41 ans), à l'origine de certains des plus gros contrats signés par Goldman Sachs, devrait apparemment recevoir à lui seul une prime de 20 millions de livres (30 millions d'euros).
Il n'est pas le seul : selon un rapport publié en octobre par le Centre de recherches économiques et financières de Londres, 4 200 des 335 000 employés que compte la City recevront cette année un bonus supérieur à 1 million de livres (1,5 million d'euros).
Ainsi va la vie dans la plupart des grandes places financières dont Paris, même si les choses s'y passent plus discrètement. Reste cette question posée par l'analyste de Wall Street : «Si vous avez une bonne carrière, vous avez déjà mis 10 millions ou 30 millions de dollars de côté. A quoi servent cinq millions supplémentaires ?» Réponse du même. «Pour les gens, ça devient un symbole, une confirmation qu'ils sont excellents dans ce qu'ils font.» Les 120 employés de ménage des locaux londoniens de Goldman Sachs qui ont lancé la semaine dernière une grève pour s'étonner qu'on leur refuse une augmentation alors que se déversaient ces milliards de dollars de bonus apprécieront.



3 Comments:

At 1:17 PM, décembre 22, 2006, Anonymous Anonyme a dit...

Absolument! (de mon cote a l'identique avec des echos de la seconde place financiere US)

Quand en plus vous ajoutez le "brain drain" (next steps) la resultante finale devrait assez parler.

Mais on prefere les contes a dormir debout entre Paons et Autruches.

 
At 5:03 PM, décembre 22, 2006, Anonymous Hervé Gicquel a dit...

Je viens de découvrir votre blog cela fait du bien de voir (enfin) des blogueurs qui défendent une économie libérale et ne tombent pas dans la facilité des média a dénigrer tous ceux qui essayent dans ce pays de créer de la valeur et donc de l'emploi et du dynanimisme.

Mais il faut tout de même aimer la France pour y rester chef d'entreprise...

Moi qui crée des entreprises depuis l'âge de 20 ans (48 ans aujourd'hui) j'avoue que tous les freins sont bien en place pour vous en dissuader !

Mais l'envie de créer reste heureusement plus forte et même aujourd'hui je suis encore en pleine création d'une Start Up sur Internet (bien entendu...)

Je reviendrais de temps à autre ajouter ma petite contibution à votre édifice.

Bonne continuation et Joyeux Noël :-)

 
At 6:57 PM, décembre 25, 2006, Anonymous vivalabamba a dit...

"ils ont fait un choix "immoral" mais opportun qui bénéficie à l'ensemble des Londoniens et des Britanniques..."

Dans quelle mesure ? Je serais sincèrement intéressé.

John

 

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