18 juillet 2006
par JDCh


Permanence du déficit de l'intermittence

Notre ministre de la culture RDDV, qui a l'air gentil (voire charmant) a du quitter le festival d'Avignon hier soir menacé qu'il était par des tomates brandies par quelques centaines d'intermittents du spectacle.

Les manifestants emmenés par la CGT-Spectacle indiquaient que le ministre n'a pas tenu ses engagements et que la situation des intermittents qui aurait dû être réglée au 1er janvier ne l'était pas: pour une fois, je dois avouer être d'accord avec eux...

Notre charmant ministre n'a rien réglé, n'a rien proposé qui régle le problème et léguera à son successeur une situation tout aussi désastreuse.

A moi aussi de brandir une tomate même si la mienne est un peu moins "rouge" que celles de la CGT !

Tout ou presque a été écrit ou dit sur le régime des intermittents mais il est peut-être utile de rappeler les principaux éléments et faits associés:
  • ce régime a été fondé en 1936 et a trouvé sa pérennisation dans 2 annexes à la convention d'assurance chomâge: en 1965, pour les techniciens et ouvriers du secteur audiovisuel (annexe 8) et en 1968, pour les artistes, ouvriers et techniciens du spectacle vivant (annexe 10). Aucune réforme sérieuse de tout cela n'a eu lieu depuis...
  • ce régime connaît un déficit endémique (plus de 900 millions d'euros en 2004) avec un rapport entre cotisations et dépenses qui est vertigineux (476% de déficit en 2004 !). Ce déficit est aujourd'hui porté principalement par les 15 millions de salariés du secteur privé qui cotisent à l'UNEDIC (environ 60 euros par an et par salarié - soit quelques places de cinema ou de spectacle dont ils ne profitent pas !) et les efforts de notre ministre n'ont consisté quasiment qu'à la création de fonds "permanent de professionalisation et de solidarité" de l'ordre d'une centaine de millions d'euros financé par l'Etat donc par l'ensemble des contribuables...
  • ce régime couvre environ 100.000 personnes (dans une industrie qui en emploie environ 300.000 personnes soit à peu près le même poids économique que l'industrie automobile) dont environ 40.000 pour lesquels les indemnités "chômage" pèsent plus de 50% de leurs revenus annuels. Il y a sans doute sur-effectif dans le secteur...
  • ce régime a été largement détourné par les entreprises du secteur audiovisuel (notamment Radio France plus gros employeur de comédiens en France) , plus anedoctiquement par le comité d'entreprise d'EDF (fief de la CGT et gros organisateur de spectacles) et surtout par leurs sous-traitants suivant un système de fraude bien huilé par lequel l'employeur ne paie que les charges sociales de façon à permettre à l'intermittent d'avoir officiellement son "quota" d'heures travaillées et de toucher ses indemnités !
  • ce régime est parfaitement inégalitaire puisque, si l'on compare le régime général à celui des intermittents: il faut travailler au moins 12 mois pour être indemnisé 14 mois pour un salarié "classique" alors que 10 mois suffisent pour être indemnisé pendant 24 mois pour un intermittent (calcul fait sur une période de 5 ans).
  • ce régime est une "usine à gaz" que je n'ai pas le courage de vous décrire: je vous invite juste à visiter le site de notre cher (au sens propre et figuré) ministère de la culture et notamment les édifiants exemples de "situations concrètes" qui y sont présentés.
  • ce régime comporte enfin une "perle" "Si l’intermittent n’atteint pas 507 heures de travail dans son métier, les heures effectuées dans d’autres activités pourront se cumuler et ouvrir droit au régime général d’indemnisation (cas de perte du statut d’intermittent)" qui explique à la fois l'attachement à ce statut et la très faible motivation qu'il peut y avoir pour ces intermittents à accepter d'autres "jobs" déclarés à côté...

Tout ceci me rappelle la blague habituelle faite à Los Angeles à quelqu'un qui déclare "je travaille dans le cinéma" et à qui son interlocuteur répond "ah oui ! dans quel restaurant ?".

Le grand paradoxe de tout cela réside, en fait, dans la création d'une hyper-flexibilité du travail dans un secteur où les employeurs en ont abusé alors que l'on refuse, par ailleurs, traditionnellement toute forme de flexibilité (ou de compétivité accrue, cf précédent "post" Service non compris).

Si le statut d'intermittent du spectacle était tout simplement celui des intérimaires (comme cela a été fait en Belgique où les agences de travail temporaire jouent un rôle d'administrateur/"purificateur" du système), si les électriciens du spectacle en manque d'activité complétaient leur activité "culturelle" par des "interims légaux" au sein des entreprises du bâtiment qui cherchent désespérément de la main d'oeuvre, si les actrices, chanteuses ou danseuses en herbe faisaient de même dans la restauration, le tourisme ou l'hôtellerie...

Bref, si simplifier, responsabiliser et réformer était le pain quotidien du sieur de Vabres, la fameuse "culture Française" n'en souffrirait pas et son "exception" serait bien moins coûteuse... Tout ceci mérite bien quelques tomates !

A propos de tomates, je vais m'en prendre quelques unes au travers des commentaires des lecteurs de ce billet: c'est vrai que toucher à la sacro-sainte "culture" et vouloir, voire oser, l'assimiler avec le "monde réel" est un vrai tabou...

Je me consolerai avec le philosophe chinois Lao-tseu qui écrivait:

Plus règnent tabous et défenses, et plus le peuple s’appauvrit.
Plus abonde l’intelligence, et plus elle produit d’étranges fruits.

Rédacteur Agoravox



11 Comments:

At 1:22 PM, juillet 18, 2006, Blogger brigetoun a dit...

pourquoi pas - par contre quand vous dites "si les actrices ... faisaient de même d

 
At 1:22 PM, juillet 18, 2006, Blogger brigetoun a dit...

pourquoi pas - par contre quand vous dites "si les actrices ... faisaient de même d

 
At 1:25 PM, juillet 18, 2006, Blogger brigetoun a dit...

désolée je continue : "de même dans la restauration.." le conditionnel est souvent de trop - vous auriez pu ajouter garde d'enfants, ménage etc...
Quand au côté "gentil" de Donnedieu de Vabres, sa différence avec le précédent est qu'il prétend faire quelque chose, et qu'il pousse l'autisme à un très haut point

 
At 1:37 PM, juillet 18, 2006, Anonymous Anonyme a dit...

Tous artistes! Observation: les societes de productions creees par des "animateurs" de la television publique ne seraient pas les moindres derives!

Votre solution est bien trop simple, elle ne peut pas sortir du cerveau complique des syndicalistes ni des enarques! Vous revez! A monde "complique" non-solution labyrinthique, trappe a pauvrete et a marginalisation, creation de clientele (avec benefice electoral). Non vraiment vous etes trop simpliste! Et puis que feraient les chers burelins du Ministerrre de la culturrrre? Et puis ce poste prestigieux de Ministrissime cultureux distributeur de subventions tel dieu dans ce milieux, vous le suprimeriez? Allons!!!

Cependant vous avez raison. Faut-il changer? Non! Le meilleur moyen de tout changer c'est d'attendre le naufrage; comme le meilleur moyen de regler le chomage est d'attendre que la demographie le ronge, sortie de classes nombreuses (retraites avancees) et entree de classes creuses (apres etudes inutilement prolongees en specialisations "utiles") cependant que le taux d'activite du pays chute vers les 30% (18 millions de postes dans le prive reel) et que le nombre de "postes" dans le pays et sur longue periode (30 ans) stagne vers les 26 millions avec une population passant de 50 a 60 millions - grande inequation de l'exception economique!

Ne soyons pas mesquin, dans cette petaudiere gaspilleuse, quelques milliards de plus (pardon de moins)...

 
At 1:40 PM, juillet 18, 2006, Blogger JDCh a dit...

@ brigetoun

je n'ai volontairement pas cité les gardes d'enfant et ménages que j'imagine bien nos artistes en herbe faire pour arrondir leurs fins de mois (ce qui est parfaitement légitime) mais qui sont certainement "au noir" (ce qui est parfaitement compréhensible vu la "perle" cité dans mon "post") donc hors de tout contrôle...

 
At 7:10 PM, juillet 18, 2006, Anonymous Gilles a dit...

On peut rever de changer le régime, mais ce ne changerait rien aux dépenses, puisque de toute façon il faudrait bien payer ses personnes (RMI, emploi dans la fonction publique ...). Ces dépenses sont un moyen en fin de compte assez peu couteux d'achetter une paix sociale. Hors sans paix sociale ou paix tout cours, on ne fait pas d'affaires. Considerons simplement le régime des intermittents comme une espèce d'"impot révolutionnaire" qui permet d'avoir la paix et qui fait vivre des gens qui seraient de toute façon en dehors du circuit classique des activités marchandes.

 
At 10:29 PM, juillet 18, 2006, Blogger JDCh a dit...

Gilles

quelle résignation !

Le BTP et le secteur TLH ont des tonnes de "jobs" à proposer sans trouver les candidats et vous voyez nos intermittents fonctionnaires ou RMIstes !

 
At 11:07 PM, juillet 18, 2006, Anonymous Gilles a dit...

Cher Jean-David,
Pas un intermittent sur 1000 irait travailler dans le BTP. Moins d'un sur 100 accepterait de travailler dans l'hotelerie ou la restauration. Parce que ce sont des metiers sales, degradants, fatiguants, mal payés et ne valorisant pas l'ego. Ya pas photo sur le rapport qualité/prix.
Par ailleurs les institutions que tu cites (radio france etc) peuvent fonctionner avec des investissements en personnel reduits comparés à des salaires chargés pleins pot, et donc demandant plus de subventions !
Bref tout cela créé de l'activité et l'argent circule. Mais surtout je pense que ca permet de proposer à ce type de citoyens une activité plaisante et d'anesthesier des comportements potentiellement associaux et donc couteux pour la collectivité.
C'est une contrainte "environnementale" du pays, comme son relief, ou sa méteo. On peut pester dessus, ca defoule, mais je vois plutôt dans tout cela de formidables opportunités de petits business : genre cours bidons pour devenir acteur chanteur etc...

 
At 10:21 AM, juillet 19, 2006, Anonymous Anonyme a dit...

Cours bidons pour devenir...

C'est un principe assez etendu en fait qui depasse largement le spectacle. Il s'agit de tout ce fatra de formations a contenu partiel societal, psycho etc qui tourne autour de certains metiers qui sont devenus des pourvoyeurs de deguisement du chomage. Tels que: la fonction publique etendue, le btp qui vit dans une stricte logique de sur-depense publique en bien des chantiers, ou les collectivites locales, sans necessite reelle, depensent de l'argent non gagne (non preleve sur une economie reelle mais issu de leur endettement ou bien de celui de l'Etat).

En fait bien des emplois dans ce systeme sont des pseudo activites dependantes de la depense publique et bien au-dela de ce que bien du monde croit.

Le raisonnement de Gilles n'est pas faux, helas, c'est une question de "culture du lieu", une logique ou tous vivent ou veulent vivre au crochet de l'ensemble; un ecosysteme non-economique.

Et en plus bien du monde considere que ca fait partie du charme local!

Par contre, et c'est assez probable, cela ne pourra pas durer indefiniment sauf a accepter non pas un declin qui est deja en cours, mais une deliquessence

 
At 11:18 AM, septembre 19, 2006, Anonymous Anonyme a dit...

Intéressant résumé des faits. Je ne conteste rien, mais permettez de contribuer sur un autre registre, en donnant quelques exemples vus autour de moi (je précise que je ne travaille pas dans le spectacle)
1) les métiers du spectacle sont de vrais métiers qui requièrent des compétences souvent pointues et de l'expérience
2) la concurrence y est rude (comme partout cela dit) ce qui accentue l'importance de la compétence
3) obtenir le statut d'intermittent n'est jamais facile et reste toujours incertain (je ne parle pas de ces cas d'intermittence "permanentisée" dans des grandes sociétés)
4) les intermittents sont souvent des gens passionnés, plus motivés par l'amour de leur métier que par l'argent, et ils ne roulent pas sur l'or en général

 
At 1:52 AM, août 11, 2007, Anonymous Anonyme a dit...

C'est à cause de personne comme vous que la culture régresse en France. Etre un artiste nécessiste énormément de travail (entraînements, répétitions, écriture musicale...). La meilleur façon de ne plus avoir d'artistes en france est de ne plus leur laisser le temps de pourvoir créer. Savez-vous comme il est devenu difficile en france de créer un spectacle théâtrale, musicale, de danse sans passer par des produits uniquement commerciaux (produits télé, radio)? Voulez-vous en venir à ce point là à une culture minable en france faite uniquement d'"Alysée", "Lorie" etc...
Je vous conseille de vous rapprocher de quelques vrais artistes avant de poster un tel article, on voit bien que vous ne connaissait absolument rien à ce milieu. Que le régime soit mieux surveiller pour que des grosses usines à fric ne détournent pas le système est la seule chose valable dans votre article. Vous ne vous rendez absolument pas compte derrière votre bureau de l'investissement personnel et du sacrifice que demande leur passion (sacrifice financier, familiale, statut social, permanente précarité, etc...). C'est à cause de tel raisonnement que le régime a subit un énorme changement début 2006, et regardez le résultat dans les offres d'emplois du milieu du spectacle (seul secteur en 2006 ayant une baisse de l'offre d'emploi aussi importante...). Cela sert à favoriser le travail au noir (car le nbr de cachet n'arrive pas à être réuni) et ainsi à dévaloriser la culture française... Mieux vaut connaître son sujet avant d'écrire...

 

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