11 février 2007
par JDCh


DSK rate son penalty

En général, je trouve notre ami DSK plutôt fréquentable et son apparente compréhension de l'économie -et de l'économie de l'innovation en particulier- me le rend plus sympathique que son appartenance opportuniste au Parti Socialiste pourrait le laisser croire. Cependant, lors des derniers efforts poussifs de Démagolène à élaborer sa "programmitude", notre ami s'est cru obligé de pondre une proposition tout aussi démagogique et inefficace que celles habituellement supportées par Démagolène. Peut-être voulait-il simplement être dans le ton ! Plus vraisemblablement, il s'est dit qu'en proposant une "attaque fiscale" envers les Français de l'étranger, il devrait faire plaisir à ceux qui, "coincés" en France, comprendraient qu'ils ne sont pas visés !

Mais de quoi parlons-nous exactement ?

Il s'agit de savoir s'il est opportun de "taxer" les 2.000.000 de Français qui sont non-résidents en France. Vous trouverez derrière ce lien une jolie mappemonde indiquant où ils résident: cliquez sur France-Expatriés (22% en Amérique du Nord, 11% au Royaume Uni, 8% en Belgique et en Alemagne, 7,5% en Suisse, 2,5% en Israel, en Algérie ou en Australie...) ...

Si l'on essaie de catégoriser ces Français de l'étranger, on obtient les sous-ensembles suivants:

  • D'abord, des Français qui n'ont plus grand lien avec la France: leur "business" est hors de France, leur conjoint n'est pas forcément Français, leurs éventuels enfants, qui ont suivi le cursus scolaire et universitaire local, ont la nationalité de leur pays d'adoption et leurs rares visites en France correspondent aux enterrements ou aux mariages auxquels ils décident de se rendre ! Certains d'entre eux, j'en ai croisés aux Etats-Unis, ne parlent plus Français à la maison et, s'ils viennent à entendre parler de la proposition de DSK, n'auront plus qu'à étudier la meilleure façon pour leurs enfants de renoncer définitivement à leur nationalité Française !

  • On trouve ensuite, des familles qui ont gardé quelques liens avec la France, un pied à terre à Paris, une maison de famille dans le Sud ou l'Ouest de la France... Ceux-là viennent nous visiter plus souvent, paient les taxes locales liées à leurs biens immobiliers. Le message de DSK est un clair signal qu'ils leur faut dorénavant tout vendre et larguer définitivement leurs amarres gauloises: rassurons-nous on trouvera bien quelques Russes ou Anglais pour leur racheter le tout !

  • On peut également identifier les fonctionnaires expatriés (personnels des amabassades et consultats, enseignants...), les salariés des grandes entreprise Françaises (Bouygues, L'Oréal, Lafarge, LVMH, Total...) ou plus petites entreprises "exportatrices" qui sont envoyés pour une durée plus ou moins longue à l'étranger et qui bénéficient d'un statut spécial très favorable. Dépendant du fait que le pays où ils résident a signé ou non une convention fiscale avec la France, beaucoup d'entre eux continuent de toucher une partie de leur salaire en France (quand on vit au Nigéria, on préfère avoir ses sous à l'abri en France...). Ceux qui ne le font pas, paient leurs impôts localement mais continuent d'être fiscalisés (taxes foncières, revenus fonciers...) même s'ils sont exonérés de CSG/CRDS sur les plus-values mobilières ou d'ISF. La mesurette de DSK, si elle les concerne, aura pour simple effet qu'ils chercheront à rejoindre, à court ou moyen terme, les catégories précédentes lorsqu'ils résident dans des contrées agréables et clémentes fiscalement et que les entreprises Françaises auront plus de mal à trouver des volontaires pour le Nigéria ou le Venezuela !

  • Un autre sous-ensemble en très forte croissance est constitué du bataillon de jeunes diplômés Français qui, devant le marché de l'emploi sinistré en France, ont décidé de tenter l'aventure aux Etats-Unis, en Grande Bretagne, en Irlande ou ailleurs. Certains feront leur trou là-bas et s'éloigneront progressivement de la France. D'autres reviendront chez nous lorsqu'il s'agira d'envoyer les enfants au lycée ou de permettre aux grands parents de connaître leurs petits-enfants ! DSK semble leur dire que le mieux qui puisse leur arriver est de se faire oublier... Peut-être leur faudra-t-il renoncer dans quelques années à l'héritage de leurs parents décédés ? Qu'importe, on ne revient pas dans un pays qui n'a pas su vous fournir d'opportunité professionnelle à 25 ans et qui, en plus, veut vous "taxer à distance" !

  • Finalement, on a ces exilés de l'ISF, qui vivent en Belgique, Suisse ou Angleterre, qui ont, en réalité, une grosse partie de leur activité "historique" et de leur coeur en France, qui, lorsqu'ils sont chez nous, paient en liquide, couchent chez des amis, évitent d'investir en France et vivent comme des "hors la loi" afin de ne pas être repérés par le fisc Français (qui s'il prouve qu'ils passent plus de 183 jours par an en France, peut les considérer comme résidents en France). Anciens entrepreneurs, cadres de haut niveau, avocats ou medecins brillants, ils refusent d'acquitter cet impôt nommé ISF parce qu'ils considèrent qu'ils ont "déjà payé". Que leur dit DSK qui semble les avoir dans son viseur ? "vous allez passer à la caisse... et, si vous comptiez sur le bouclier fiscal pour tenter de revenir, on va le supprimer". Bienvenue chez vous !

Franchement, même en essayant d'être ouvert, je ne vois pas ce que notre ami DSK a en tête qui puisse constituer une mesure fiscale efficace, qui n'ait pas d'inconvénients économiques majeurs et qui soit acceptable par nos concitoyens expatriés... Mieux vaudrait se poser la question de comment motiver ces Français de l'étranger (et notamment les "exilés de l'ISF") à investir ou à entreprendre à nouveau en France en supprimant ce impôt politique, inefficace et désertificateur.

D'ailleurs, s'apercevant (ou étant alerté sur le fait) que 800.000 de nos compatriotes vivant à l'étranger s'apprêtent à voter lors de ces présidentielles, DSK s'est ravisé, regrettant sans doute d'avoir perdu assez bêtement et subitement presque 2% du corps électoral Il a essayé de rectifier le tir en indiquant que cet "impôt citoyen" (la juxtaposition du mot "citoyen" étant sans doute destiné à rendre la mesurette "morale") serait destiné à financer les lycées Français à l'étranger: 2 points perdus ça pourrait permettre d'être derrière Bayrou ou Le Pen...

Le ministère des Affaires Étrangères investit 320 millions d'euros par an ce qui représente 40% des coûts de fonctionnement de ces 400 établissements scolaires situés en dehors de France (le reste étant couvert par les frais de scolarité payés par les familles ou des subventions/donations locales).

  • Un, cette somme est une "broutille" (moins de 1 pour 1000 du budget de l'Etat, moins de 1% du déficit de ce même budget): où sont les 99 autres mesurettes permettant le retour à l'équilibre budgétaire ?
  • Deux, ces millions d'euros sont, pour une très grande part, investis sous forme de bourses versées aux familles "modestes" vivant à l'étranger: sans doute pas les familles que DSK voudrait "taxer";
  • Trois, cette somme représente environ 2.000 euros par an et par élève Français dans ces Lycées Français: nul doute que, pour ceux qui ne sont pas bénéficiaires de bourse, voir les frais de scolarité augmenter de ce type de somme serait plus compréhensible que de payer un "impôt citoyen" inventé à la va-vite par une équipe électorale déboussolée !

Camarade Strauss, je suis un peu attristé de devoir l'écrire mais tout ceci est pathétique et je crois que les quelques électeurs que tu aurais pu amener à (la non-moins pathétique) Démagolène se sont définitivement écartés de ton camp ce week end...

J'ai intitulé ce "post" "DSK rate son penalty", j'aurais pu titrer "DSK manque une occasion de se taire" !

Repris par Rédacteur Agoravox



3 Comments:

At 4:55 PM, février 11, 2007, Anonymous Olivier Ezratty a dit...

Bravo pour l'analyse détaillée comme il en manque pour ce genre de proposition. J'ai lu le doc de DSK qui est effectivement pathéthique dans tous les domaines.

Il y a d'ailleurs une dialectique curieuse de ce document qui donne presque l'impression que le PS part perdant. En effet, il recommande de s'opposer à la suppression de l'ISF. Mais voyons, si elle gagne la présidentielle et les législatives qui s'ensuivent, elle aura la majorité et donc n'aura aucune opposition à prendre en compte...

 
At 12:59 PM, février 12, 2007, Anonymous Marc a dit...

Les Etats-Unis taxent leurs citoyens partout dans le monde, faut-il le rappeler.

Il ne faut voir dans cette proposition que la tragique évidence d'un épuisement complet de notre système, maintenant réduit à râcler les fonds de tiroirs. Entre les supercheries Sarkomistes et les Démagolèneries, nous vivons la fin d'une ère, malheureusement à un train de sénateur là ou d'autres pays avancent sans entraves.

 
At 5:58 PM, février 14, 2007, Anonymous Anonyme a dit...

Excellent post JD.

Tu es beaucoup trop indulgent pour DSK qui n'est pas plus économiste que tu n'es évêque d'Hippone.
J'y reviens.
Il a déjà sévi dit on en inventant les emplois-jeunes pour éviter les 35 heures qu'il ne sentait pas vraiment (Pas besoin d'être économiste pour cela.) Résultat : nous avons eu à la fois les 35 heures et les emplois jeunes.

Cette fois, ouf! il parle avant l'élection.

Si être économiste est étudier les lois qui régisent l'action économique - et autre - des êtres humains, on ne peut être économiste socialiste, économiste étatiste, économiste porteur de projets de société, économiste réformateur social. Ce qui laisse peu d'économistes.
Les objets physiques et mathématiques ont leurs principes propres de relations et d'action.

On peut les découvrir, on peut parfois les utiliser. On ne peut les changer. Les "économistes" cités plus haut désirent changer les principes d'action et de relations des êtres humains ce qui est tout aussi impossible. Pas d'"homme nouveau" communiste ou social-démocrate. On reste avec ce bon vieux sapiens/faber pour quelques centaines de milliers d'années encore.
Ainsi, il y l'être humain avec son libre arbitre, ses changements, sa subjectivité personnelle, qui se manifeste constamment chez le consommateur économique ou politique, il y a cet être inattendu, inthéorisable, l'entrepreneur, qui est le moteur de l'économie, si le consommateur en est le juge. Joints aux aléas de la nature et à l'incertitude du futur à laquelle ils participent, on se retrouve plus souvent qu'on ne le souhaite au milieu d'événements, conséquences de l'action de l'homme et non de sa volonté comme Hayek aimait à les qualifier - d'autres les nomment effets pervers.
Tout ceci est incompatible avec l'économie mathématique et macroéconomique telles qu'elles sont pratiquée. Incompatible aussi avec des interprétations microéconomiques aux hypothèses étonnantes comme celles de la concurrence parfaite. En effet ces hypothèses sont telles que si elles sont réalisées il ne peut y avoir de concurrence, etc.

Pour terminer : l'évocation d'un autre économiste réformateur, homme de propositions bien connu, Michel Rocard.
Il inventa la CGS - large assiette, faible taux, 1% - depuis taux déjà à 8%, effet pervers du libre arbitre de ses amis et de leur pente de "consommateurs politiques". (Voir les travaux de l'école du Public Choice.)
Il a eu aussi paraît-il cette proposition progressiste dont il a donné la raison en bon "économiste" : " Augmentons les impôts des riches et des entrepreneurs. Ils voudront conserver leur niveau de vie et donc travailleront encore plus pour ce faire. Ce sera un
moteur du progrès.

Raoul

 

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