13 février 2007
par JDCh


La "pragmatitude" de Démagolène

Vous connaissez tous mon immense admiration pour notre chère Démagolène ! J'ai, cependant, décidé dimanche soir de décortiquer son fameux "pacte présidentiel" et de regarder avec la plus grande objectivité possible ce qu'il contenait...

Il y a bien évidemment dans ce programme des propositions contre lesquelles on ne peut pas être contre mais, pour la plupart d'entre elles, la question subsidiaire qui se pose immédiatement est "combien ça coûte ?".

J'ai entendu Jean-Marie Cavada, qui est en général un homme prudent, parler de 80-100 milliards de dépenses supplémentaires soit 2 à 3 fois le déficit budgétaire actuel ou encore 5 à 10% d'accroissement de notre endettement public tous les ans: Démagolène a bien fait d'évacuer ce problème de dette et de déficit en introduction de son discours et ne plus y revenir ensuite !

Mais tel ne sera pas le propos de ce "post".

J'ai en effet préféré isoler trois propositions dont l'intitulé est extrêmement flou, dont l'applicabilité est contestable et qui font sans doute appel à la crédulité supposée de nos concitoyens pour les encourager à voter pour "celle qui rase gratis". Je suis, bien entendu, resté dans mon domaine de compétence principal à savoir la vie des entreprises. Décortiquage...

Proposition n°4: Donner la priorité à l'investissement des entreprises avec un taux d'impôt sur les sociétés plus bas si le bénéfice est réinvesti et plus haut s'il est distribué aux actionnaires.

Cette première proposition assez floue dans son intitulé est compréhensible: Démagolène pense que l'ensemble des sociétés sont cotées en bourse et soumises à la pression des actionnaires (sans doute d'affreux fonds d'investissement) qui exigent leurs coupons annuels !

Les sociétés cotées en Bourse sont plusieurs centaines (contre presque 3 millions d'entreprises de toute taille en France), toutes n'ont pas la pression des sociétés du CAC40 et je rappelle que la valeur d'une entreprise est basée sur ses profits futurs: si une société investit pour plus tard dégager des profits plus importants et que le plan d'investissement qu'elle présente est crédible alors sa valeur monte. Ceci est aussi vrai pour les entreprises cotées qui présentent leurs plans aux actionnaires et aux analystes...

Concernant les PMEs et TPEs, il n'est pas rare de voir des patrons ré-investir l'ensemble des bénéfices car, faisant cela, ils ne paient pas (ou peu) d'impôt sur les sociétés et ils "créent de la valeur" pour le jour futur où ils seront amenés à valoriser en bourse leur société ou la céder à une plus grosse entreprise. Il existe également, à l'inverse, beaucoup de petits patrons-actionnaires qui profitent d'une très faible rémunération car il ne souhaite pas peser économiquement sur leur entreprise et qui se versent des dividendes "les bonnes années"...

Ces mécanismes semblent ignorés par Démagolène.

Enfin et surtout, je trouve la proposition inapplicable car fondé sur un arbitraire qui obligerait un inspecteur des impôts à siéger à chaque conseil d'administration (ils avaient un dispositif de ce genre en URSS ?): toute entreprise fait des investissements et, quand elle dégage des profits, regarde s'il y a lieu de verser des dividendes ou s'il vaut mieux garder le "cash" pour des investissements futurs (typiquement des acquisitions, des ouvertures de site, le lancement d'un nouveau produit...). Cet arbitrage dépend intimement de l'histoire et de l'état de l'entreprise et seule une connaissance de l'intérieur permettrait de dire si il a été choisi délibérément de verser du dividende alors que l'on aurait pu investir !

La seule façon mécanique d'appliquer cette proposition serait de "taxer" les dividendes (avant leur versement aux actionnaires) ce qui entraînerait une triple taxation des bénéfices des entreprises (IS, Taxe Démagolène et IRPP) pour les investisseurs individuels et qui provoquerait un tassement immédiat et sans doute brutal des valeurs de rendement qui peuplent notre CAC40 et notre SBF120.

Sans oublier, que l'argent capté notre Etat rapace ne serait pas alors ré-investi dans d'autres entreprises d'où un effet négatif sur la croissance assez évident...

Bref, une proposition soit arbitraire, soit castratrice économiquement, soit les deux... Que du plaisir !

Proposition n°14: Conditionner les aides publiques aux entreprises à l'engagement de ne pas licencier quand l'entreprise dégage des profits substantiels et obtenir le remboursement en cas de délocalisation.

Il est parfaitement légitime si l'Etat ou une collectivité locale participe au financement d'un investissement (construction d'une usine, projet de R&D...) sous forme de prêt ou d'avance remboursable (sous conditions ou non) que ceci soit inscrit au bilan de l'entreprise bénéficiaire sous forme de dette et que les conditions d'exigibilité et de remboursement de ces "dettes" soient négociées par l'Etat ou la collectivité locale au moment de leur octroi à l'entreprise.

Vous ne trouverez, par contre, pas un entrepreneur sur terre qui accepterait de considérer comme une dette une exonération de taxe professionnelle ou un allègement de charges sociales. Si nous sommes obligés de proposer ce type de mécanismes à des sociétés souhaitant s'implanter quelque part sur notre territoire, c'est tout simplement parce que la France n'est pas compétitive et que nous devons faire des exceptions afin de rester attractifs.

Si les exceptions sus-citées deviennent une "liabilité" financière, tout entrepreneur raisonnable ira s'installer ailleurs, sans doute hors de France...

Si, ayant bénéficié de ces exceptions, l'entreprise se trouve dans une situation économique l'obligeant à revoir ses plans, licencier une partie des effectifs embauchés voire démanteler une usine ou un centre de R&D, elle ne l'avait sans doute pas prévu et n'en est sûrement pas très heureuse ! L'économie c'est comme la santé: ça va ça vient...

Enfin si un groupe dégage des profits, cela ne l'empêche pas d'avoir des unités, des lignes de business ou de produit qui sont déficitaires et qu'il lui faut restructurer (voire supprimer). Encore une fois: l'économie n'est pas planifiable, certains investissements paient, d'autres passent par perte et profits. C'est la vie économique...

Démagolène fait visiblement semblant de ne pas être au courant de tout cela et nous prend vraiment pour des ânes en proposant une mesure inapplicable ou aux conséquences fort négatives sur la création d'emploi !

Proposition n°81: Taxer les recettes publicitaires des chaînes privées en faveur de l'audiovisuel public.

Cette proposition moins floue que les précédentes n'en est pas moins étonnante. Démagolène veut sans doute s'assurer les votes des preneurs de sons de France3 mais cela ne justifie sans doute pas une proposition dans le top 100 !

La genèse d'une telle mesure est en fait peu évidente. Différentes hypothèses sont possibles:
  • si les Français souhaitent un audiovisuel public plus fort, ils accepteraient sans doute une augmentation de la redevance maintenant collectée avec la taxe d'habitation: ils sont habitués à voir cette "facture" augmenter tous les ans !
  • si les Français ne s'en soucient qu'assez peu (ce que je suppose) et que l'audiovisuel public est déficitaire, peut-être faut-il le restructurer un peu, le dynamiser commercialement et le ramener à l'équilibre comme il se doit.
Personnellement, cela m'est un peu égal que TF1, M6, NRJ ou Europe1 soient "taxés" mais j'avoue ne pas en comprendre la logique. Si l'audiovisuel publique sous-performe économiquement malgré un financement par l'impôt qui lui donne une base de départ bien plus solide que celle des sociétés privées, ce n'est pas à ses concurrents de le renflouer !

Il faudrait, d'ailleurs, au titre de l'égalité fiscale, "taxer" également l'audiovisuel public qui serait à la fois "taxé" et "bénéficiaire de cette taxe"...

Démagolène a décidément une drôle de conception de l'économie !

Repris par Rédacteur Agoravox



4 Comments:

At 4:57 AM, février 15, 2007, Anonymous Werbrowsky a dit...

Bonjour,
Heureux d'avoir découvert votre blog par l'intermédiaire d'Agoravox! Perdu au milieu de la démagogie régnante, je désespérais de trouver quelques critiques structurées des programmes des "présidentiables médiatiques".
Quand est-ce que nos énarques hauts-fontionnaires apprendront qu'il y a une vie derrière leurs vitres blindées?

 
At 1:40 PM, février 16, 2007, Anonymous Anonyme a dit...

Les propositions que tu analyses ne sont pas faites pour des gens "analysant" son programme mais plutot le "mouton" lisant son programme comme une plaquette de pub.

Et cette plaquette de pub est plutot bien réussie. Des idées fortes, courtes et comprises par la majorité des votants...

 
At 4:27 PM, février 16, 2007, Anonymous Olivier Ezratty a dit...

Je suis en train de décortiquer ces 100 propositions tout comme l'épais programme de l'UMP qui en comporte plusieurs centaines.

Pour Ségolène, il faut en fait lire les "annexes" qui sont dans le programme du PS, et qui clarifient un certain nombre de points.

La première proposition que tu évoques tient à mon sens d'une mécompréhension de la manière dont est construit un compte d'exploitation. En général, les investissements sont dans les couts, avant le profit. Le cash généré par la boite est soit distribué aux actionnaires d'une manière ou d'une autre, soit conservé dans les actifs de la boite pour un investissement différé, à la discrétion de l'entreprise, par exemple pour une acquisition. Le fisc peut savoir la part qui va aux actionnaires à court terme, mais pas ce que deviendra le reste, qui peut soit servir à des acquisitions soit à des versements différés de dividendes. Comme tu le dis, la proposition de Ségolène Royal revient à taxer le dividende, … qui l’est déjà ! Bref, cela ne rime à rien !

La dernière proposition est à mon sens dangereuse pour les chaines publiques car le marché publicitaire de la TV n’est non seulement pas stable, mais il va être chahuté dans les années qui viennent du fait de la télévision sur IP et du « time shifting ». Or il est préférable d’avoir des sources de financement stables pour de tels médias. Ce genre de proposition est une manière symbolique de taxer le privé pour financer le secteur public. Comme les politiques savent en inventer tous les jours. C’est une manière de rappeler que le métier de TF1 qui est de vendre des minutes de cerveaux disponibles aux annonceurs est passablement immoral. Donc, Royal veut taxer ce qu’elle considère comme étant immoral.

Une autre proposition de Ségolène qui date d’hier est consternante : l’idée d’abandonner le projet de second porte avion pour financer l’enseignement supérieur. C’est une manière de mélanger deux sujets qui n’ont rien à voir. Elle ferait mieux de raisonner arbitrages au sein du budget de la défense. Et par exemple, c’est mon point de vue, de choisir entre un second porte avion et le renouvellement des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (dont elle ne connait il est vrai pas le nombre). Dans son plan, elle semble favoriser les sous-marins (la « dissuasion nucléaire ») alors que le premier est non seulement indispensable pour compléter le Charles de Gaulle, mais a beaucoup plus servi pratiquement ces dernières années que les sous-marins. Elle propose cependant la mutualisation des dépenses d’équipement de défense au niveau européen, ce qui est un vaste programme. D’ailleurs, le premier projet de ce type est justement lié aux porte avions, avec les anglais !

Je remarque en tout cas que ni le PS ni l’UMP ne font de propositions concrètes pour véritablement réduire le poids de l’état et du secteur public dans l’économie et les charges. Ils parlent tous d’efficacité, mais cela reste bien vague. Surtout dans la mesure où de nombreuses propositions visent à créer des agences par ci-, des hautes autorité par là, des subventions et allocations en tout genre, etc…

 
At 12:16 PM, février 21, 2007, Anonymous D.VDA a dit...

Disons que Royal peut dire n'importe quoi et tout promettre, dans la grande tradition de la plannification de notre bonheur prochain.

Sarkozy doit lui jouer ce jeu un minimum pour ne pas être rappelé à son image de Satan capitaliste.

Gentille et méchant. Dur de sortir des Westerns.

Comment ne pas le retrouver dans les programmes, puisqu'ils sont publiés ?

 

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